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Big Eyes : Un Burton à la vue basse

Si l’on comprend très vite ce qui a bien pu motiver Tim Burton à s’intéresser à cette histoire de tableaux aux grands yeux en forme de biopic (le deuxième de sa filmo après Ed Wood), on reste un peu dubitatif quant à son traitement d’une linéarité et d’une platitude très éloignée des canons de mise en scène du réalisateur d’Edward aux mains d’argent. Pourtant, Big Eyes adopte les mêmes obsessions narratives vues dans quasiment tous ses films comme la mise en lumière d’un personnage « hors norme » manipulé par son entourage direct ou indirect (la société) dans le seul but de le faire plier, lui sucer la moelle puis de l’annihiler.

Big-Eyes

Big Eyes raconte de fait l’histoire d’une humiliation doublée d’un asservissement que l’on a bien du mal à saisir de l’extérieur. De ce couple fondamentalement antinomique, l’un qui peint, l’autre qui s’en approprie le travail, Tim Burton nous en raconte factuellement l’évolution mais jamais ne s’emploie à véritablement dépeindre les fractures, les zones de friction ou même de latence psychologique. Et à l’extérieur on reste forcément, avec à l’écran un défilement d’images léchées, solaires et frontales. Comme si le cinéaste avait depuis longtemps mis de côté l’envers de ces tableaux pour juste en cristalliser l’huile et les couleurs filmées en de gros plans insipides qui nous laissent à la porte de leurs intimes créations.

Cela fait longtemps que Burton ne nous fait plus rêver. on a eu le soubresaut Frankenweenie qui a défaut de surprendre rassérénait après les flops Alice au pays des merveilles et dans une moindre mesure Dark Shadows. Avec Big Eyes, on semble atteindre un nouveau palier au sein d’une filmo devenue ennuyeuse pour ne pas dire de plus en plus passe-partout. Car il est évident que voici un film sans identité réelle qui aurait pu être réalisé ainsi par le premier yes man hollywoodien venu. Sans âme, sans aspérité, Big Eyes est aussi sans intérêt. Non que l’histoire racontée n’interpelle pas, elle est juste, traitée ainsi, insignifiante et desservant peut-être même la véritable Margaret Keane dans sa reconnaissance certes dorénavant établie qu’elle était bien l’auteure de ces toiles et non son mari.

Ce qui interpelle en fait est le manque d’entrain de Burton. Les scènes s’enchaînent au ralenti, les cadres sont paresseux, les dialogues sont au diapason et les interprétations ont un arrière-gout d’artificialité un peu défraîchie. Cela sonne un peu faux, voire surjoué à tendance cabotinage pour Christoph Waltz. Difficile donc dans ces conditions de trouver une porte d’entrée pour ne serait-ce que s’immiscer et jeter un œil autre que torve à tout cela. Qu’il est loin le temps de Ed Wood et la fureur de chacun de ses plans baroques et immersifs au service d’une histoire qui sentait bon l’amour du cinéma par tous ses pores. À l’image de l’affiche française qui annonce fièrement qu’il s’agit là du meilleur film de Burton depuis des années, il ne nous reste plus que l’œil droit pour pleurer.

Big Eyes de Tim Burton – 18 mars 2015 (StudioCanal)

Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses.

Note : 1,5/5

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