Tous les articles par Sandy Gillet

Au bout du conte : Le goût des images

Alors que Le goût des autres et Comme une image avaient contre eux une certaine morgue de gauche donneur de leçons et une réalisation atone pour ne pas dire insignifiante, Parlez-moi de la pluie et maintenant ce Au bout du conte donnent enfin la pleine mesure au talent indéniable d’écriture du tandem Jaoui / Bacri avec en plus ici une mise en scène, signée comme toujours Agnès Jaoui, enfin débridée aux confluents du merveilleux et de l’apesanteur. Les recherches formalistes y sont évidentes et servent un propos non plus asséné mais suggéré à l’image de ces aquarelles numériques qui parsèment un film cherchant à comprendre ce qu’il y a après le conte et le fameux « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

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Quelques heures de printemps (2012) – Souffle de vie

Avec Quelques heures de printemps Stéphane Brizé semble passer à la vitesse supérieure. Son cinéma fait jusqu’ici de morceaux de vies en apesanteur qu’il faut contrarier pour en obtenir une nouvelle trajectoire forcément plus cinégénique se transforme sous nos yeux en quelque chose de plus terrien et de moins manipulateur. Comme si le cinéaste certes talentueux, composait enfin avec l’homme derrière la caméra, sans affects, sans afféteries. D’aucuns appelleraient cela la maturité, nous on préfère y voir une nouvelle façon plus intime de traiter son sujet de prédilection : les relations entre hommes et femmes.

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Adieu Berthe – L’enterrement de mémé (2012)

Les frères Podalydès nous reviennent en très grande forme avec cet Adieu Berthe qui fit d’ailleurs un passage remarqué à la Quinzaine à Cannes de cette année. C’est bien simple on est revenu au niveau de leurs premiers films que furent Versailles rive gauche (en fait un moyen métrage) et surtout Dieu seul me voit. Non que ce qui a suivi soit à jeter aux orties, bien au contraire, mais il était évident que quelles que soient les qualités indéniables des Liberté Oléron et autres adaptations des aventures de Rouletabille, il manquait un « je ne sais quoi » qui leur aurait permis d’accéder eux-aussi au panthéon de ces œuvres qui marquent une génération. Il est tout aussi indiscutable que le résultat mi-figue mi-raisin de Bancs publics, dernière association en date et film bien trop chorale pour n’en garder qu’un souvenir anecdotique, aura porté ses fruits. Adieu Berthe propose en effet un resserrement de son bestiaire au sein d’une histoire à l’ADN en mutation perpétuelle.

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Amour – Leçon de vie

Avec Amour, Michael Haneke surprend une nouvelle fois en brouillant les cartes et les codes d’un cinéma que l’on croyait pourtant bien connaître. Par contre ce que l’on pouvait supposer à l’époque du palmé d’or Ruban Blanc, c’est qu’il allait devoir continuer à creuser son sillon vers d’autres terres arables s’il ne voulait pas provoquer la redite. Ce qu’il a toujours fait au demeurant (même en réalisant lui-même le remake de Funny games) mais dans des proportions et une direction jamais expérimentées jusqu’ici.

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Présumé coupable – Au nom de la Vérité

Il est 6 heures en ce petit matin froid de novembre 2004 quand une armée de gendarmes débarque au domicile d’Alain Marécaux situé dans un village à trente kilomètres d’Outreau, ville du nord de la France. C’est là que cet huissier de profession fait la connaissance du juge d’instruction Fabrice Burgaud venu lui signifier sa garde à vue sur dénonciation d’un mineur d’actes de pédophilie à son encontre. S’ensuit alors pour cet homme, sa femme et 14 autres personnes accusés de la même façon, un long calvaire de plus de 23 mois connu sous l’appellation de « l’affaire Outreau » qui débouchera sur une retentissante erreur judiciaire. Alain Marécaux a tenu un journal de tout cela devenu un bouquin – Chronique de mon erreur judiciaire : une victime de l’affaire d’Outreau – dont la lecture aura bouleversé un Vincent Garenq bien décidé à en faire Présumé coupable, le sujet de son deuxième long.

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