Bergman Island - Image une fiche film

Fiche film : Bergman Island (2021)

Lors des repérages de son film À travers le miroir en 1960, Ingmar Bergman est tombé sous le charme de Fårö, petite île de la mer Baltique située à quelques kilomètres au nord de l’île de Gotland en Suède. Le réalisateur y tourna cinq autres longs-métrages et y fit construire une maison avec vue panoramique sur la mer. Il y meurt en 2007.

Fascinée par l’œuvre et la vie de Bergman, Mia Hansen-Løve était comme aimantée par cette île : « Isolée au milieu de la mer baltique, elle incarne un idéal à la fois effrayant et attirant, austère et exaltant, c’est le lieu de l’intégrité artistique absolue à laquelle j’associe Bergman ».

À la mort du cinéaste, son héritage fut racheté par un homme d’affaires norvégien, permettant de ne pas le disperser. Il a par ailleurs créé, avec Linn Ullmann (la fille de Bergman et Liv Ullmann), une fondation permettant, selon le souhait de Bergman, à des artistes ou à des chercheurs de tous horizons de résider dans une de ses maisons pour y développer un projet, sans obligation de lien avec son œuvre. C’est via cette fondation que Bergman Island est né : « À ma connaissance, je suis la seule à y avoir travaillé sur un scénario ayant un rapport direct avec Bergman »

Bergman Island (2021)

Réalisateur(s) : Mia Hansen-Løve
Avec : Mia Wasikowska, Tim Roth, Vicky Krieps, Joel Spira, Anders Danielsen Lie
Durée : 1h52
Distributeur : Les Films du Losange
Sortie en salles : 14 juillet 2021

Résumé : Un couple de cinéastes s’installe pour écrire, le temps d’un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. À mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…

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  • Avis : La réalisatrice Mia Hansen-Løve est indéniablement touchée par une grâce qui irradie chacun de ses films. Une impression qui à l’image pourrait s’apparenter à quelque chose de solaire alors que ses personnages traversent des étapes de vie pas des plus simples à gérer. Bergman Island prolonge ce sentiment d’assister à cette vie qui passe plus ou moins douloureusement mais en jouant plus que jamais sur la notion de réelle et de fiction. L’un pouvant s’emboîter dans l’autre et vice versa sans oublier le spectateur qui dépose au pied du film sa propre réalité. De cette apparente complexité, Mia Hansen-Løve s’en extirpe par le haut en proposant avec Bergman Island un film d’une étonnante simplicité des sens doublée d’une profonde réflexion cinématographique.
    C’est l’histoire d’un couple de réalisateurs qui décide de se rendre sur l’île suédoise de Fårö le temps d’un été pour y terminer l’écriture de leur film respectif. Sur les lieux mêmes où vécu Igmar Bergman dont le cinéma irrigue au plus profond leur propre filmographie et leur cinéphilie, chacun se nourrit alors de cette île pour interroger leurs orientations artistiques ou tout simplement leur vie de couple. Mais en fait on comprend très rapidement que Mia Hansen-Løve va plutôt concentrer son regard sur la femme en panne d’inspiration mais subjuguée par la beauté de ce qui l’entoure alors que l’homme avance imperturbable, imperméable même à la beauté de l’île sinon en l’explorant via des visites guidées tout en sacrifiant aux protocoles de la médiatisation comme la projection d’un de ses films avec masterclass en sa présence à la clé.
    Mia Hansen-Løve ne veut pas rendre compte d’un couple en crise. Mais plutôt de deux trajectoires de vie bien distinctes au sein d’une coexistence à deux. Si Tim Roth est plutôt convaincant, que dire de la prestation de Vicky Krieps ? Cette actrice luxembourgeoise que nous avions réellement découverte en 2017 dans le formidable Gutland de Govinda Van Maele est autant à l’affiche de films d’auteurs européens que de grosses cylindrées hollywoodiennes à commencer par Old le prochain Shyamalan qui sort ce 21 juillet. Aussi à l’aise en français qu’en allemand, elle s’exprime ici en anglais ce qui ne l’empêche aucunement de faire passer une forme de fragilité diaphane propre à son jeu mais plus encore ici grâce à la direction voulue par la réalisatrice qui sait ainsi diluer son univers dans celui de ses comédiens.
    On aurait pu en rester là mais la deuxième partie de Bergman Island élève encore plus le niveau de ce qui n’était au final qu’une brillante exposition. Dans ce qui ressemble à une tentative de rapprochement avec son compagnon, voici qu’elle lui fait part de son blocage tout en lui racontant le début de son film en gestation. Et Mia Hansen-Løve de mettre en scène cette histoire en devenir avec l’apparition de nouveaux personnages dont celui interprété par l’actrice australienne Mia Wasikowska repérée dès 2008 dans la série HBO En analyse mais qui est surtout connue du grand public pour Alice aux pays des merveilles (2010) de Tim Burton où elle joue le rôle-titre. L’histoire qui s’expose alors à nous rappelle furieusement le sujet d’Un amour de jeunesse que Mia Hansen-Løve a réalisée en 2011. Elle en reprend donc la trame un peu comme si elle voulait en donner une nouvelle suite ou une autre fin. Soit les retrouvailles d’un homme et d’une femme qui se sont aimés furieusement au temps de leur adolescence, lors du mariage d’une amie qu’ils ont en commun sur l’île de Fårö.
    Tout le talent de Mia Hansen-Løve est alors d’imbriquer les deux histoires entre elles pour ne plus en faire qu’une dans le but d’interroger sur le sens de la vie (rien que ça oui) mais aussi sur les motivations profondes qui poussent à avancer même si de tout cela aucune réponse satisfaisante n’émerge. Bergman Island se métamorphosant alors en un maëlstrom de sensations brutes propres à en faire un film à fleur de peau qui enivre littéralement. On est dès lors transporté par ce que l’on découvre à l’écran. Les soubresauts de vie qui constellent la dernière heure du film sont portés par une mise en scène de plus en plus aérienne où chaque scène n’enferme jamais l’histoire, où chaque scène joue le jeu d’une réalité fictionnelle qui peut se transformer en une fiction du réel tout simplement jubilatoire.
    Quand le plan final apparaît, on finit littéralement rincé mais avec le même sourire épanouit que Vicky Krieps dont le personnage enlace sa petite fille qu’elle retrouve après quelques semaines de séparation tout en adressant à son Tim Roth de compagnon un sourire de plénitude. Le premier jour du reste de sa vie ? 4/5
  • Box office : 8 268 entrées sur 167 copies en 24h. C’est moins bien que les 14 055 entrées sur 125 copies de L’Avenir (2016) qui au cumul a rassemblé 279 222 spectateurs et qui reste la meilleure marque de la réalisatrice au box office. Avec ce démarrage Bergman Island devrait terminer sa carrière entre 150 000 et 200 000 entrées. Sauf bonne ou mauvaise surprise bien entendu. Un peu short de toute façon pour un film ayant coûté plus de 5M d’euros. Edit 23/07 : 31 781 entrées sur la 1ère semaine. L’Avenir sorti en 2011 cumulait au même temps de passage 102 832 spectateurs sur 125 copies. L’Avenir est la deuxième meilleure marque au box office pour Mia Hansen-Løve. De quoi revoir encore à la baisse le total des entrées alors même que l’obligation du pass sanitaire pour entrer dans une salle de cinéma est désormais une réalité. Edit 23/0762 396 entrées après 5 semaines et demi d’exploitation. Bergman Island ne devrait pas dépasser les 65 000 spectateurs au cinéma. On est donc bien loin de nos premières prévisions. C’est aussi une véritable douche froide pour le distributeur Les Films du Losange qui espérait certainement réitérer les chiffres réalisés en leur temps par L’Avenir.
  • La (future) chronique Blu-ray : Un scope incroyable et une photo lumineuse ne peuvent qu’inciter à une édition Blu-ray. On croise les doigts. Edit 23/07 : Un simple DVD est annoncé chez l’éditeur Blaq Out le 3 novembre 2021. Un crève cœur.

Bergman Island - Affiche

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