Peaux de vache - Image une fiche film

Fiche film : Peaux de vaches (1988)

« J’ai fait Peaux de Vaches en 1988, j’étais alors jeune et sans doutes. Les impulsions et l’énergie qui avaient lancé le film étaient multiples, mais assez basiques. Le film est un peu pareil. Étonnamment, les années n’ont fait que le renforcer, cela m’a même étonnée. Quand je l’ai revu il y a quelques mois, j’ai été troublée : il n’a pas bougé. Les mêmes défauts et les mêmes qualités, un petit côté vintage en plus. Il parle peut-être même plus directement aux spectateurs de maintenant : le paysan dépressif prêt à tout, la femme coincée dans sa vie traversée de désirs, ça reste actuel. » – Patricia Mazuy

Peaux de vaches (1988)

Réalisateur(s) : Patricia Mazuy
Avec :  Sandrine Bonnaire, Jean-François Stévenin, Jacques Spiesser
Durée : 1h27
Distributeur : La Traverse (Rep. 2021)
Sortie en salles : 31 mai 1989
Reprise : 25 août 2021

Résumé : Ivres, les frères Roland et Gérard Malard mettent le feu à la ferme du second, provoquant la mort d’un vagabond. Dix ans plus tard, Roland revient chez Gérard, bouleversant sa nouvelle vie…

Articles / Liens :

  • Avis : Le premier long de Patricia Mazuy, la réalisatrice de Saint-Cyr (1999) et plus récemment de Paul Sanchez Est Revenu ! (2018), ressort au cinéma précédé d’une réputation flatteuse et nantit d’une restauration de toute beauté. C’est que Peaux de vaches n’attira pas grand monde dans les salles (à peine 44 000 spectateurs) et n’eut les honneurs en vidéo que d’une simple VHS introuvable aujourd’hui. On imagine par ailleurs qu’il eut droit à une ou deux diff TV mais rien dans les archives du web ne permet de le prouver à 100%. Autant dire que Peaux de vaches avait toutes les chances de cultiver encore longtemps son statut de « porté disparu du cinéma français » sans la volonté de La Traverse, son distributeur pour cette ressortie, qui a du coup bénéficié d’une aide sélective à la distribution des films de répertoire du CNC lui permettant de surcroît (on le suppose) de piloter une restauration chez Eclair Classics sous la houlette de la réalisatrice herself.
    Et si vous avez loupé la multidiffusion récente sur Ciné+ Club, il est donc plus que temps de découvrir ce Peaux de vaches au cinéma qui avec le recul semble faire le lien entre le cinéma d’Agnès Varda pour lequel Patricia Mazuy a d’ailleurs travaillé et celui de Mia Hansen-Løve. Soit une vision à la fois naturaliste et furieusement onirique des relations humaines emportées par de multiples formes de passions amoureuses. Le tout excentré des villes avec cette volonté chevillée au corps chez Mazuy de filmer la campagne et le monde paysan sans pathos ni trompette. Le but n’étant pas ici d’enjoliver ou pis de stigmatiser mais bien d’inscrire l’histoire dans une réalité qui ne s’interdit aucun « dérapage » incontrôlé. Celui qui fait office ici d’élément perturbateur est interprété par le regretté Jean-François Stévenin. Il est cet homme qui passe un peu à la manière de Spencer Tracy dans le film de John Sturges à la différence toutefois qu’il est là pour reprendre le fil d’une vie interrompue brutalement un soir de beuverie avec son frère (Jacques Spiesser qui se consacrait alors plus volontiers au théâtre après une précédente décennie fastueuse aux côtés de Boisset ou Gavras). Ayant purgé une longue peine de prison pour l’homicide involontaire d’un SDF venu squatter leur ferme qu’ils tentaient alors d’incendier afin de se débarrasser de cet héritage paysan détestés, le voici donc qu’il retrouve celui qui a fait table rase de cette soirée en fondant un foyer au sein de cette ferme familiale autrefois honnie.
    Intervient alors Sandrine Bonnaire que Patricia Mazuy avait rencontré en 1985 sur Sans toit ni loi de Varda, bien obligée d’intégrer ce corps étranger dans ce qu’elle croyait être l’intimité d’une vie déjà bien établie. Un trio auquel il faut aussi rajouter la petite Salomé Stévenin, enfant à la ville de Jean-François, symbole du bonheur fragile du couple qui du haut de ses 3 ans d’alors rehausse par petite touche encore ce trio de plus en plus anxiogène. Patricia Mazuy a voulu son film comme un western avouant avoir copié son début de trame sur Josey Wales hors la loi (1976) de Eastwood. Une histoire de vengeance où le personnage de Stevenin venait réclamer à son frère ses dix ans passées en prison alors qu’il avait lui refait sa vie. C’était cette histoire qui avait eu l’avance sur recette. À l’arrivée il ne subsiste plus grand-chose de tout cela, sinon la vague impression en effet qu’il faut quand même régler des comptes avec pour enjeu final, l’explosion d’un couple. Le tour de force de Patricia Mazuy est d’arriver à subtilement changer les enjeux du film en cours de route tout en se permettant à l’image aucune concession autre que la réalité d’un quotidien rythmé par la vie des tracteurs, le travail dans les champs et les réunions au petit bistrot du village.
    La photo signée du grand Raoul Coutard (c’est dire au passage si ce premier long a été conçu sous une bonne étoile où le florilège de talents était patent) avec qui pourtant Mazuy s’est souvent pris le bec, accentue cette sensation minérale et sale avec ces jaunes envahissants et cette altération générale de la moindre couleur un peu vive. On comprend très vite que la cinéaste a voulu d’abord filmer cette campagne dont elle est issue et terre de jeu d’ailleurs de tous ses films suivants. Patricia Mazuy ne sait ou ne veut pas filmer les villes à commencer par Paris. On va dire tant mieux tant notre cinéma ne fait que cela. Si le paysan n’est ici qu’un pion parmi d’autres dans l’histoire, il rajoute au côté western de l’ensemble dans la façon qu’à Mazuy d’en faire des silhouettes toujours à la marge et prêt à expulser tout corps étranger.
    Peaux de vaches est au final un savant équilibre de la psychologie des sens et de la nature humaine en milieu rural que sa découverte aujourd’hui (ou sa redécouverte pour les plus chanceux que nous sommes) ne peut que lui permettre de confirmer sa place au rang des très belles réussites de notre cinéma.  4/5
  • Box office : 44 036 entrées lors de sa première sortie en 1989. La ressortie est annoncée sur 8 copies France.
  • La (future) chronique Blu-ray : Les Éditions de l’Œil, liées à La Traverse, le distributeur salle, prévoit la sortie d’un livre-DVD à l’automne. Pas de Blu-ray annoncé à date ce qui est bien dommage compte tenu du formidable travail sur la photo et la restauration subséquente. On va dire qu’après des années de disette en vidéo, c’est déjà ça.

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