Tromperie - Image une fiche film

Fiche film : Tromperie (2021)

Tromperie est adapté du roman au titre éponyme de Philip Roth publié pour la première fois en 1990 (sorti en 1994 en France). Arnaud Desplechin l’a d’abord lu en français, puis en anglais. Le cinéaste l’avait offert à ses collaboratrices en préparation de Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) qu’il réalise en 1995. En 2012, il s’est servi de ce texte pour un des bonus du DVD Collector de Rois et Reine (2004), où il jouait la scène finale avec Emmanuelle Devos.

Tromperie a été présenté en séance spéciale sous le label Cannes Première au Festival de Cannes 2021. Arnaud Desplechin est un réalisateur on ne peut plus habitué à la croisette puisque la plupart de ses films y ont été sélectionnés.

Fun facts : À la rédac de DC, Stéphane Argentin déteste poliment et respectueusement toute la filmo du cinéaste.

Tromperie (2021)

Réalisateur(s) : Arnaud Desplechin
Avec : Denis Podalydès, Léa Seydoux, Anouk Grinberg, Emmanuelle Devos, Rebecca Marder, Madalina Constantin, Saadia Bentaïeb
Durée : 1h45
Distributeur : Le Pacte
Sortie en salles : 29 décembre 2021

Résumé : Londres – 1987. Philip est un écrivain américain célèbre exilé à Londres. Sa maîtresse vient régulièrement le retrouver dans son bureau, qui est le refuge des deux amants. Ils y font l’amour, se disputent, se retrouvent et parlent des heures durant ; des femmes qui jalonnent sa vie, de sexe, d’antisémitisme, de littérature, et de fidélité à soi-même…

Articles / Liens :

  • Notre avis : On peut ne pas être sensible au cinéma de Desplechin et ne rien connaître de l’univers littéraire de Philip Roth et se prendre immédiatement les pieds dans le tapis de Tromperie pour ne plus s’en relever 95 minutes durant. Comme le résume merveilleusement bien le cinéaste : « Tromperie est le portrait de deux héros. Une femme qui est au bord du précipice au début du film, une femme en larmes. Léa a joué tout le film en équilibre. Et elle parle avec un homme plus âgé qui, comme moi, ne pense qu’à sa mort à venir. Pourtant, ils arrivent ensemble à inventer des éclats de bonheur. Bien sûr, nous sommes mortels, et c’est terrifiant. Mais notre mortalité nous offre un cadeau infini : le désir. C’est un film hanté par la mort et pourtant, c’est une utopie traversée par le désir ».
    On pourrait d’ailleurs fermer le ban ici tant ces quelques lignes offrent un panorama définitif de son dernier film. Mais osons tout de même un ou deux petits développements en forme d’appendices. Comme celui de rappeler que la filmo de Desplechin est traversée par la mort. Une évidence certes mais qui reste ici aussi viscérale que dans La Vie des morts, son moyen métrage qui en 1991 l’imposa d’emblée dans la cour des grands. Ou quand en 1992 il salut dans La Sentinelle la mémoire des morts de la guerre froide en rendant hommage dans la forme de bien des genres cinématographiques de l’âge d’or d’Hollywood… Jusqu’à Roubaix, une lumière qui retrace le meurtre d’une vieille dame au sein d’une ville à la fois mortifère et pourtant bien vivante. C’est d’ailleurs l’autre versant que l’on retrouve systématiquement dans les films de Desplechin. L’amour viscéral de la vie ou l’amour tout court.
    Dans Tromperie, les deux s’affrontent au détour de chaque scène. La femme trompe l’ennuie de son couple bourgeois et la petite mort qui en découle en passant ses après-midis dans les bras de cet écrivain exilé en Angleterre qui excite son intellect et ses sens. Et de fait la grande majorité du film se déroule entre les quatre murs d’une suite londonienne, d’un pied-à-terre anglais… où Léa Seydoux n’a jamais été aussi sensuelle (même pas chez Kechiche) et Podalydès aussi « tragique ». Lui, l’héritier de Pierre Etaix. Les deux forment un couple de cinéma totalement improbable sur le papier et immensément fusionnel à l’écran. Et puis on aime cette façon qu’à Desplechin de tordre le coup à sa manière au « wokisme » ambiant en affirmant dès qu’il le peut (c’est-à-dire au détour de chaque plan) la modernité de ce couple des années 90. Dans sa façon de se désirer, de se sentir, de se rejeter, puis de se réconcilier par les mots, les attitudes, les regards et l’intelligence des échanges qui en font l’épicentre de tout, ne serait-ce que le temps d’un coït.
    La mort rôde aussi en prenant le visage d’une ancienne maîtresse jouée par une habituée chez Desplechin en la personne d’Emmanuelle Devos. Elle dévoile une autre facette de l’écrivain mais aussi de l’immense terreur intacte du cinéaste envers cette inconnue de l’après qu’il ne cesse d’affronter de film en film. Tromperie est un film comme souvent chez le cinéaste sur la corde raide. Sur celle de la vie bien entendu, mais surtout sur celle des vrais semblants à même de tromper le temps d’un film la grande faucheuse un peu comme l’avait fait Bergman dans Le 7ème sceau. 4/5
  • Box office : Au moment où nous gribouillons ces quelques lignes, nous ne connaissons pas le nombre de copies mis en place par Le Pacte, le distributeur de Tromperie. Tout juste pouvons nous rappeler que Jean Labadie avec Bac Films puis aujourd’hui Le Pacte, a depuis Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) en 1966 toujours été le distributeur des films de Desplechin. Et qu’en moyenne depuis Jimmy P. en 2013 ils sont distribués sur 200 copies pour réaliser des cumuls allant de 260 000 à 395 000 entrées.
  • La chronique Blu-ray : Depuis Un conte de noël en 2008, tous les films de Desplechin ont eu droit à une édition Blu-ray en sus du DVD. Un conte de noël qui a même eu les honneurs d’intégrer le prestigieux catalogue de l’éditeur new-yorkais Criterion là aussi en Blu-ray. Bref, connaissant les habitudes du Pacte, on ne voit pas comment ni pourquoi ce dernier opus ne rejoindrait pas la cohorte du label bleu.  

Tromperie - Affiche

  Lâchez-vous !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *