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Fiche film : Une jeune fille qui va bien (2021)

Le générique de fin cite Le Journal d’Hélène Berr, journal tenu par une étudiante juive parisienne, Hélène Berr, d’avril 1942 à février 1944. « La force de vie et l’écriture d’Hélène Berr m’ont marquée. C’est un livre qui m’a quasiment traumatisée, notamment parce que j’ai été traversée par la jeunesse d’Hélène Berr ce qui fait mesurer avec encore plus d’acuité l’horreur de ce qui va advenir », explique Sandrine Kiberlain, la réalisatrice. C’est notamment ce livre qui lui a donné envie de raconter cette période de l’Histoire par le prisme d’une jeune fille.

Une jeune fille qui va bien a été présenté en Séance Spéciale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2021.

Une jeune fille qui va bien (2021)

Réalisateur(s) : Sandrine Kiberlain
Avec : Rebecca Marder, André Marcon, Anthony Bajon, Françoise Widhoff, India Hair
Durée : 1h38
Distributeur : Ad Vitam
Sortie en salles : 26 janvier 2022

Résumé : Irène, jeune fille juive, vit l’élan de ses 19 ans à Paris, l’été 1942. Sa famille la regarde découvrir le monde, ses amitiés, son nouvel amour, sa passion du théâtre… Irène veut devenir actrice et ses journées s’enchaînent dans l’insouciance de sa jeunesse.

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  • Notre avis : Ce n’est bien entendu pas la première fois qu’une actrice passe derrière la caméra. On peut citer au hasard Jodie Foster, Angelina Jolie aux États-Unis ou plus proches de nous Maïwenn, Julie Delpy, Hafsia Herzi, Josiane Balasko, Agnès Jaoui… Par contre, elles sont beaucoup moins nombreuses à avoir ainsi marqué l’image de leur empreinte dès leur premier long. Ce qu’Une jeune fille qui va bien peut se targuer de provoquer tant sur la forme – mise en scène épurée à la délicatesse ô combien persuasive et efficace – que sur le fond – choix de thèmes forts parce que universels. Le tout donne un film qui touche au cœur sinon aux tripes.
    Sandrine Kiberlain a voulu raconter l’histoire d’une jeune fille juive dans le Paris de l’occupation. Une jeune fille insouciante qui suit des cours de théâtre. Une jeune fille en quête d’amour. Une jeune fille de son temps qui ressemble à beaucoup d’autres quelque soit les époques. C’est d’ailleurs le sens premier de la réalisation de Kiberlain qui par un choix délibéré et assumé ne reconstitue rien tout en ne montrant que le strict nécessaire d’une période dont à l’évidence elle ne veut pas qu’il phagocyte le bon déroulé de son film. C’est par petites touches qu’elle fait avancer son récit. Un tampon à l’encre rouge qui barre de la mention « juive » une carte d’identité, une étoile jaune cousue sur les vêtements, une radio et un vélo confisqués et bien entendu certains dialogues reclus dans le cercle familial nous ramènent au sein d’une temporalité que l’on ne connait finalement que trop bien.
    Néanmoins, jamais Kiberlain et son héroïne magnifiquement campée par la quasi débutante Rebecca Marder (que l’on retrouvera sous les traits de Simone Veil jeune dans Simone, le voyage du siècle, le prochain film d’Olivier Dahan), ne s’abandonnent à une quelconque sinistrose. Il faut vivre coûte que coûte et surtout passer ce concours qui lui permettrait de se rapprocher encore un peu plus de son rêve de devenir actrice de théâtre. En cela Sandrine Kiberlain dresse le portrait d’une jeunesse atemporelle faisant quelque part l’écho de celle qui (sur)vit en temps de Covid ou au-delà de nos frontières celle contrite par un régime l’obligeant à se censurer. Au hasard. Pour autant, la cinéaste en herbe ne s’amuse pas non plus à lâcher son sujet en cours de route. Au contraire même. L’étau se resserre jusqu’à étouffer. Jusqu’à ce plan final qui bouleverse et touche au plus profond de l’âme. De la même façon que Sandrine Kiberlain fut traumatisée par la lecture du journal d’Hélène Berr, cette étudiante juive parisienne fauchée par un destin dégueulasse,  jusqu’à l’inciter à réaliser ce film.
    Au-delà de ses qualités intrinsèques, Une jeune fille qui va bien vaut aussi donc par ses vérités historiques qui sont, par les temps de campagnes électorales actuelles, plus que jamais bonnes à filmer et donc à dire. Le Travail, la Famille et la Patrie n’ont en effet jamais fait bon ménage avec le judaïsme. Pis, ces trois mots voulus comme le symbole d’une renaissance pour une nouvelle France, n’auront été qu’infamie, honte et tache indélébile pour notre Histoire commune. On ne peut que rendre grâce au premier long de Kiberlain de le rappeler…  3,5/5
  • Box office : 642 entrées sur les 13 copies parisiennes à la séance 14h. Une jeune fille qui va bien est par ailleurs distribué sur 190 copies France. Edit 27/01 : 12 450 entrées en 24h sur exactement 196 copies. Edit 06/06 : 161 303 spectateurs au cumul en 8 semaines d’exploitation. C’est loin d’être catastrophique par les temps qui courent. On peut même dire que pour un premier film c’est encourageant.
  • La chronique Blu-ray : Un DVD serait déjà Byzance… Mais rêvons tout de même un peu ! Edit 06/06 : On a bien fait de rêver puisque un Blu-ray est bien édité par Ad Vitam. Sortie prévue le 6 juin. Il devrait comporter en bonus un entretien avec Sandrine Kiberlain.

Une fille qui va bien - Affiche

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