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Fiche film : Un beau matin (2022)

Après Bergman Island (2021), Un beau matin s’est imposé à Mia Hansen-Løve. Durant l’hiver 2019-2020, la réalisatrice a écrit ce scénario en partie inspiré de la maladie de son père, alors qu’il était encore en vie.

La question de la mémoire parcourt le film : elle échappe à Georg (Pascal Greggory) qui lutte pour la recouvrer, et la mère de Sandra (Nicole Garcia) semble avoir besoin de se délester du passé.

Un beau matin a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2022.

Un beau matin (2022)

Réalisateur(s) : Mia Hansen-Løve
Avec : Léa Seydoux, Pascal Greggory, Melvil Poupaud, Nicole Garcia
Distributeur : Les Films du Losange
Sortie en salles : 5 octobre 2022

Résumé : Sandra, jeune mère qui élève seule sa fille, rend souvent visite à son père malade, Georg. Alors qu’elle s’engage avec sa famille dans un parcours du combattant pour le faire soigner, Sandra fait la rencontre de Clément, un ami perdu de vue depuis longtemps…

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  • Notre avis : On ne répètera jamais assez combien le cinéma de Mia Hansen-Løve est une bouffée d’air pur qui infuse par-delà les frontières du cinéma français. Dans cette propension à aborder des sujets incroyablement sensibles et durs qu’elle traite avec une douceur apparente et une photo extraordinairement solaire. Un beau matin qui nous parle du dépérissement progressif d’un père atteint d’une maladie dégénérative du cerveau (Pascal Greggory qui semble trouver ici un prolongement à sa collaboration alors fusionnelle avec feu Patrice Chéreau) ne déroge pas à cette mécanique si particulière mais que Mia Hansen-Løve repousse dans ses ultimes retranchements pour un résultat certes éprouvant mais d’une justesse qui oscille entre onirisme rhomérien et un naturalisme que n’aurait pas renié un Maurice Pialat (au hasard).
    Léa Seydoux est au centre de ce dispositif. Elle porte en effet sur ses épaules le regard du spectateur mais aussi celui de la cinéaste puisque Mia Hansen-Løve raconte ici un morceau de sa propre vie. Elle qui a récemment vécu la perte de son père des suites d’une longue maladie, utilise à l’évidence ce film tel un exutoire d’apparence pudique et feutrée. Tout le contraire au hasard de ADN, le dernier Maïwenn dont l’ethnocentrisme finit par anéantir le propos même de son film autour là-aussi de la disparition de son père. Chez Mia Hansen-Løve il n’est en effet nullement question de s’exposer d’une manière aussi ostentatoire. Par touches successives, il s’agit plus de montrer la reconstruction d’un être abasourdi, fondamentalement détruit mais qui ne veut pas pour autant perdre pieds. Pour cela elle a sa fille qu’elle élève seule mais aussi un ami perdu de vue de longue date aujourd’hui marié (Melvil Poupaud) avec qui elle a une aventure amoureuse.
    Le processus narratif peut sembler simple sinon simpliste mais il permet en fait à Mia Hansen-Løve d’alterner son récit entre plusieurs mises en scène de l’intime. Celle d’une famille aux prises avec de douloureuses décisions à prendre où le personnage de Léa Seydoux n’est pas celui qui prend le moins de coups. Celle d’une fille dont le passé qui se délite sous ses yeux insécurise un présent se transformant en sable mouvant permanent et obscurcit un avenir que l’on ne veut de toute façon pas/plus envisager. Celle d’une femme enfin qui ne veut pas culpabiliser d’aimer la vie. Trois axes de lecture et de mise en image admirablement orchestrés par une cinéaste qui donne l’impression de toujours précéder son récit jusqu’à même lui tordre le cou de temps à autre histoire de bien lui signifier qu’elle reste seule maîtresse à bord.
    C’est d’ailleurs peut-être là que se situe le seul petit bémol d’Un beau matin. Dans cette propension à ne jamais vraiment lâcher prise, à ne rien laisser au hasard alors qu’il s’agit bien de donner l’impression de tout le contraire. Un parti pris de cinéma on ne peut plus complexe à mettre en place mais que Mia Hansen-Løve finit par réaliser en s’appuyant de tout son poids sur une Léa Seydoux admirable de sincérité, de naturelle et de vérité. On ne doutait pas de son talent mais on ne peut être que songeur et ébahi devant cette facette qu’on ne lui connaissait pas. Elle donne ainsi littéralement chair à un récit qui se ressent plus qu’il ne se regarde. Plus que jamais le cinéma de Mia Hansen-Løve est à ce prix. Et plus que jamais on est prêt à en régler l’addition quitte nous aussi à y laisser des plumes. 3,5/5
  • Box office : 62 797 entrées sur 185 copies (1ère semaine) en 3 semaines d’exploitation. On est loin des 279 222 spectateurs qu’avait su réunir L’Avenir en 2016 et qui reste donc la meilleure marque française pour un film de Mia Hansen-Løve. À noter que Un beau matin devrait bientôt regarder dans le rétro (mais de peu) les 65 894 entrées générées par Bergman Island, son précédent film sorti en 2021 la semaine précédant la mise en place du Pass sanitaire.
  • La chronique Blu-ray : Seul L’Avenir justement dispose d’une édition Blu-ray. Tous les autres films de Mia Hansen-Løve n’existent qu’en DVD. Ne pas s’attendre à un changement pour Un beau matin compte tenu de la faiblesse des entrées au box office. Ce qui serait plus que jamais regrettable compte tenu une nouvelle fois du travail remarquable opéré sur la photo d’un film shooté à nouveau en 35mm sous la supervision du laboratoire Hiventy (Mia Hansen-Løve n’est pas une adepte des tournages en numérique). Le grain et la précision perçus au cinéma mériteraient la plus fidèle des retranscriptions en vidéo. Seuls le Blu-ray et bien entendu le Blu-ray 4K disposent de ces prédispositions. Edit 03/01/23 : Un « simple » DVD est annoncé pour le 7 mars 2023 chez Blaq Out.

Un beau matin - Affiche

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