Horizon Forbidden West – PlayStation 5

Horizon Forbidden West – PlayStation 5

2022 vient à peine de débuter que Sony Interactive Entertainment nous propose déjà deux grosses exclus : Uncharted Legacy of Thieves Collection, version remasterisée pour PlayStation 5 des deux derniers Uncharted (un petit article à ce sujet arrive incessamment sous peu) suivi quelques semaines plus tard du très attendu Horizon Forbidden West. L’heure est donc venue pour Aloy de ressortir du placard sa lance et son arc et de repartir sauver le monde… rien que ça !

Horizon Forbidden West – PlayStation 5On ne va pas se le cacher, l’âge n’aidant pas, l’auteur de ces lignes n’avait plus vraiment de souvenirs du premier épisode, Horizon Zero Dawn, sorti en mars 2017 (oui je sais, ce n’est pourtant pas si vieux que ça). Qu’à cela ne tienne, les auteurs ont pensé à tout, aussi bien à ceux qui l’auraient oublié qu’à ceux qui n’y auraient jamais joué, en nous gratifiant d’un petit résumé en bonne et due forme avant de vous lâcher en pleine nature de cet Horizon Forbidden West qui se déroule six mois après les évènements du premier opus et qui va entrainer notre héroïne dans l’Ouest (américain) prohibé (comme son titre l’indique). Rien de très original de prime abord et, pour ne pas faire dans l’originalité à notre tour, nous aborderons cette première grosse exclusivité PlayStation de 2022 selon trois aspects, chacun avec ses forces (nombreuses avouons-le) et ses faiblesses (non pas parce qu’il fallait absolument en trouver mais parce qu’elles existent) : primo l’histoire et ses personnages, secundo le gameplay et tertio la technique.

Comme le disait l’illustre cinéaste Henri-Georges Clouzot : « Pour faire un film, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire ». Bien que Horizon Forbidden West soit un titre open world, il s’agit avant tout et surtout d’une aventure solo avec un fil rouge narratif très fort. Et quand bien même tous les personnages que vous croiserez appellent Aloy la « sauveuse de Méridian », la vénérant telle une déesse (elle a même droit à une imposante statue à son effigie au tout début du jeu), la planète continue de dépérir avec la profération de la Nielle. Une herbe rouge ô combien toxique que l’on déconseille d’ailleurs fortement d’approcher de trop près sous peine de voir sa barre de vie s’effriter lentement mais sûrement. Vous l’aurez compris, ce chiendent couplé à la fourberie de l’un des protagonistes croisés dans le premier volet (nous n’en dirons pas davantage même si son identité sera révélée très tôt) forment un prétexte comme un autre pour justifier cette suite. Au terme d’un « bref » prologue (comptez deux heures environ), le générique d’ouverture défile devant nos yeux avec le début du périple d’Aloy vers l’Ouest sur fond musical. Une séquence qui, si besoin était, vient renforcer toute la symbolique du titre, Horizon Forbidden West, et sa (re)conquête de l’ouest américain. Précisons à toutes fins utiles que les créateurs du jeu, Guerrilla Games, sont néerlandais mais que ce pan mythique s’il en est de l’histoire des États-Unis n’est nullement l’apanage des productions nord-américaines. Fin de la parenthèse.

À défaut d’originalité donc quant à son pitch de départ, Horizon Forbidden West fait néanmoins des efforts plus qu’appréciables tant sur le plan narratif qu’au niveau de la caractérisation des personnages. À ce titre et même si cela donne lieu par moment à des dialogues à rallonge avec de multiples sujets à aborder, nous ne saurions que trop vous recommander de vous y attarder car ils permettront de densifier les relations entre Aloy et les différents PNJ tout en étoffant les antécédents de chaque tribu. D’autant que le doublage est plutôt de qualité avec la joie de retrouver les acteurs / actrices de Horizon Zero Dawn tel que Lance Reddick aux côtés de nouvelles têtes (Angela Basset, Carrie-Anne Moss) tandis que l’héroïne est à nouveau interprétée par Ashly Burch que certains auront pu apercevoir dans Mythic Quest sur Apple TV+, série fort sympathique se déroulant dans l’univers… des jeux vidéo. Pour aussi soigné que soit le travail d’animation faciale et le doublage lors des cinématiques, un détail nous a toutefois fait tiquer : cette tendance de Aloy à dodeliner de la tête ou bien à regarder tout autour d’elle, comme si elle n’avait cure de ce que lui raconte son interlocuteur. Difficile de dire s’il s’agit là d’une volonté de la part des créateurs de renforcer le caractère « rêche » de Aloy ou bien d’éviter des phases de dialogues trop « statiques ». Toujours est-il que cette tendance à la bougeotte tant au niveau de la tête que des yeux lors des cutscenes a eu par endroit l’effet inverse de celui escompté : nous sortir de la narration au lieu de nous y immerger davantage.

Qu’à cela ne tienne diront certains, un Horizon Forbidden West ne se juge pas uniquement à l’aune de son pendant narratif mais aussi et surtout par son gameplay. Et de ce point de vue, il sera bien difficile de reprocher à Guerrilla Games de s’être endormi sur ses lauriers depuis le premier opus. Sitôt franchi le prologue très dirigiste qui permet aux nouveaux venus de se familiariser avec les rudiments du gameplay et qui se conclura par un deus ex machina à faire passer le serpent géant de Conan le barbare pour un ver de terre, la véritable aventure commence avec un open world d’une densité et d’une immensité à vous donner le tournis. De là découleront deux approches : ceux qui traceront en ligne droite dans la quête principale et ceux qui, à l’instar de votre humble serviteur, se laisseront aller à quelques-unes des innombrables quêtes annexes. Dans les deux cas, Aloy engrangera des points d’expérience au fil de sa progression permettant d’augmenter son niveau et d’acquérir des points de compétence. Points à dépenser ensuite au gré des six arbres de compétences : guerrier, trappeur, chasseur, survivant, infiltré, chef des machines. Rien que de très classique en la matière, tout comme le crafting de votre équipement (arc, lance, pièges, tenus, etc.). Autant de possibilités dans la besace de Aloy qui seront fort utiles pour mener à bien les combats, tantôt contre les créatures robotiques, tantôt contre les humains. Des deux, ce sont les premiers qui une fois encore resteront assurément dans les mémoires de par leur gigantisme et leur côté précisément « deus ex machina ». Ceux contre les humains ne laisseront pas un souvenir aussi impérissable. Et ce même si les attaques chargées ou encore les différents boosts à débloquer dans les fameux arbres de compétences pimentent un peu de telles passes d’armes.

Parmi les améliorations de différents petits éléments de gameplay apportées par Guerrilla Games dans cette suite, on retiendra les voyages rapides et désormais gratuits entre deux feux de camps ou encore la gestion automatique du surplus d’inventaire dans un coffre afin d’éviter de se retrouver à sec. Ce qui ne sera pas du luxe étant donné la myriade d’items à recueillir sur la map qui a parfois un peu trop tendance à clignoter de toutes parts. Un quelconque moyen de niveler pareille profusion ne serait sans doute pas du luxe. Du côté des spécificités propre à la PlayStation 5, l’utilisation des capacités de la DualSense sont appréciables : vibrations haptiques selon les surfaces, gâchettes adaptatives pour le tir à l’arc et haut-parleur de la manette sont tous au programme.

Parmi les éléments de gameplay qui ont fait leurs preuves sur le premier opus, il sera toujours possible de la jouer « subtil » et de profiter des hautes herbes afin de se faufiler ni vu ni connu au plus près de ses adversaires. Appareil au combien utile pour scanner les alentours, le focus fait son retour et sera alors votre meilleur allié pour déceler les points faibles de vos ennemis métalliques. Ce petit gadget high-tech accolé à proximité de l’oreille de Aloy est également équipé d’un mode « flash » qui permet de mettre en surbrillance tous les éléments dignes d’intérêt aux alentours (un élément de gameplay que l’on retrouve dans moult jeux de nos jours). Ce qui permettra entre autres de révéler les différentes prises sur les parois. Et Aloy de s’élancer alors dans des séances de varappes dignes d’une Lara Croft et autre Nathan Drake. Mais Aloy n’est pas seulement douée pour l’escalade, elle l’est également pour la natation et même pour la plongée avec tout un pan sous-marin de l’aventure qui rajoute une corde de plus à l’arc des environnements à explorer.

Ce qui nous conduit tout naturellement au troisième et dernier aspect du jeu : sa technique. Si le premier volet avait fait son petit effet en 2017 sur PlayStation 4 (Pro), dire que Horizon Forbidden West lui emboite le pas serait un doux euphémisme tant cette suite est visuellement très aboutie. Chacun des lieux traversés par Aloy au cours de son périple a fait l’objet d’un travail de finition remarquable et donne le sentiment d’évoluer au milieu d’un environnement vivant : le ciel, les cours d’eau, le vent qui soulève des bourrasques de poussière et courbe la végétation (herbe, plantes, arbres). Sans compter tous les animaux qui gambadent au milieu de tous ces décors d’une grande diversité (forêts, plaines, monts enneigés, cavernes, marécages, etc.) avec un travail soigné en termes de modélisation, de colorimétrie et d’éclairage. L’environnement vit véritablement tout autour de l’héroïne à perte de vue. C’est beau. Très beau même. Nous avons alternativement testé les deux modes graphiques proposés sur PlayStation 5 (la bascule se fait très facilement à la volée en cours de partie). Si le mode « Performance » avec sa résolution dynamique en 60fps offre plus de peps lors des phases de combats, le mode « Résolution » avec sa résolution 4K native en 30fps ravira à coup sûr les amateurs grâce à sa finesse accrue. Après la récente démonstration visuelle du Decima Engine pour les besoins de Death Stranding, le moteur graphique maison de Guerilla Games n’a décidément pas fini de nous étonner. Un ravissement visuel parfaitement secondé par un environnement sonore lui aussi très soigné avec une spatialisation des effets très réussie (mention spéciale aux basses fréquences lors des combats contre les très grosses bestioles) ainsi que des accompagnements musicaux omniprésents mais jamais entêtants.

Si le ramage et le plumage de Horizon Forbidden West sont aussi séduisants, surtout lorsqu’il est possible d’y embarquer grâce à des temps de chargement réduit à la portion congrue (quelques secondes à peine), cela ne nous a pas empêché d’être confronté à quelques couacs. Ici des éléments de décors qui poppent à la dernière seconde, là des petits glitches sur le personnage d’Aloy comme par exemple ses jambes qui tremblotent alors qu’elle progresse accroupie ou encore ses cheveux qui voltigent dans tous les sens sans la moindre raison (et sans le plus petit souffle de vent à l’horizon). Mais le phénomène qui nous a le plus interpellé concerne ces brusques changements de luminosité et de colorimétrie à certains endroits selon que l’on oriente la caméra dans telle ou telle direction alors que le personnage demeure quant à lui parfaitement immobile. Enfin, last but not least, nous avons été confrontés à un bon gros bug (par chance une seule et unique fois). Lorsque Aloy terrasse une des créatures mécaniques, elle peut ensuite la fouiller pour y récupérer moult pièces (pièces qui lui serviront par la suite à crafter son propre équipement). C’est lors d’une de ces fouilles que notre Aloy s’est retrouvée complètement bloquée dans un script avec les mains qui faisaient des moulinets dans le vide. Sans la moindre possibilité de pouvoir débloquer la situation, nous avons alors dû reprendre à la dernière sauvegarde et… recommencer tout le combat. Heureusement que les affrontements de Horizon Forbidden West n’ont pas le même niveau de difficulté qu’un, au hasard, Demon’s Souls !

Précisons à toutes fins utiles que ces petites anicroches ont été découvertes au cours de notre progression en version 1.002.000 et seront assurément corrigées par la suite. En attestent l’apparition d’un patch 1.003.000 quelques jours avant la sortie officielle tandis qu’à l’heure où nous griffonnons ces quelques lignes, un patch 1.004.000 est apparu le jour de la sortie. Ainsi avons-nous pris la peine de prolonger notre test quelques heures supplémentaires à l’aune de ce tout dernier patch et certains glitches étaient toujours de la partie. En atteste notre héroïne qui s’est retrouve bloquée devant un mur invisible qui se sera révélé être… un petit village qui a poppé au dernier moment devant nous.

Plus grand, plus beau, plus soigné. Telle semble être la devise de Horizon Forbidden West qui reprend donc la formule gagnante de son illustre prédécesseur et s’aventure dans un ouest plus sauvage et plus majestueux en compagnie de son héroïne plus impétueuse que jamais. Si certains auront peut-être la sensation d’une suite sans réelles innovations et d’une progression très routinière ponctuée d’innombrables points clignotants comme autant de quêtes à accomplir et d’éléments à récolter, les autres se laisseront assurément séduire par cette aventure au long cours au sein d’un univers post-apo immersif. Avec cette suite, Guerrilla Games scelle définitivement Horizon comme une licence phare de l’univers vidéoludique sur laquelle il faudra compter au cours des années à venir et son héroïne Aloy comme l’une des icônes féminines de la pop-culture aux côtés des Ellen Ripley et autres Sarah Connor dès lors qu’il s’agit de terrasser des créatures (organiques ou mécaniques) belliqueuses. Rendez-vous est donc d’ores et déjà pris pour un troisième opus que l’on espère voir débarquer dans moins de cinq ans cette fois.

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