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François Truffaut, la passion cinéma – Coffret 8 films en Blu-ray

« Ce coffret réunit pour la première fois en version restaurée les sept longs métrages de François Truffaut distribués en France par les Artistes associés, entre 1968 La Mariée était en noir et 1978 La Chambre verte. À cet ensemble d’une richesse exceptionnelle, nous avons ajouté un huitième film de la même période, lui aussi inédit en haute définition, mais distribué en 1972 par une autre filiale d’une compagnie américaine installée en France, la Columbia Films, Une belle fille comme moi. Dans le livre d’accompagnement de ce coffret, constitué de textes critiques et de témoignages, le producteur et ancien agent artistique Jean-Louis Livi revient sur cette association de dix ans entre Les Films du carrosse et les Artistes associés, qui permit à Truffaut d’enchaîner les films et de mener à bien des projets ambitieux et longuement mûris… »

Olivier Père – Texte tiré du livret d’accompagnement du coffret


  • Coffret Truffaut (Arte) - Cover 3D Blu-ray
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    François Truffaut, la passion cinéma - Coffret 8 films
  • Année :
  • 1968 - 1978
  • Réalisateur :
  • François Truffaut
  • Éditeur :
  • Arte Éditions
  • Sortie le :
  • 17 novembre 2020 (France)

  • Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous allons devoir d’entrée apporter un petit bémol à cet avant-propos signé Olivier Père à la fois directeur de l’unité Cinéma d’ARTE France et directeur général d’ARTE France Cinéma. En fait ce qui nous fait tiquer est le côté « richesse exceptionnelle » dit de ce coffret. C’est que s’il nous semble indéniable que la présence de ces huit films est une chance à nulle autre pareille de mettre à disposition aux apprentis cinéphiles ainsi qu’aux amoureux de Truffaut un angle d’étude et de plaisir immédiat de son cinéma, on sera par contre beaucoup plus réservé quant à l’écrin technique dans lequel ceux-ci nous sont proposés. Ce que malheureusement la partie éditoriale faite d’images d’archive et d’un livret aux signatures disparates ne feront que confirmer. C’est que si celles-ci peuvent être précieuses pour prolonger la vision d’un film, elles restent peu à même de le contextualiser sinon d’en donner des pistes de réflexion forcément salutaires pour celui ou celle qui voudrait aller un plus loin. Ce que nous tenterons d’amorcer en toute humilité au sein de notre compte-rendu qui suit ci-dessous.

    La Mariée était en noir - AfficheBlu-ray 1 : La Mariée était en noir (remasterisation HD) – Au cinéma le 17 avril 1968

    La lente et douloureuse vengeance d’une femme obsédée par son mariage mort-né. L’une des sources d’inspiration de Quentin Tarantino pour son film culte Kill Bill…

    Deux principales motivations ont conduit François Truffaut à entreprendre La Mariée était en noir. D’abord retrouver un tournage en France avec un budget à taille humaine après ses déboires sur Fahrenheit 451 qui fut à la fois un échec public et critique à sa sortie en septembre 1966. Puis de respecter une promesse faite à l’été 1964 à Jeanne Moreau qui broyait alors du noir suite à sa rupture avec le couturier Pierre Cardin et avec qui il renouait le fil d’une histoire d’amour entamée lors de la préparation de Jules et Jim en 1962.

    Pour lui écrire ce nouveau rôle Truffaut va adapter un roman de William Irish intitulé The Bride Wore Black qu’il avait découvert en cachette de sa mère durant son adolescence. Truffaut est fasciné par cet écrivain dont il adaptera aussi en 1969 Waltz into Darkness qui deviendra à l’écran La Sirène du Mississipi. Pour la petite histoire, William Irish a souvent vu ses écrits portés à l’écran à commencer par Hitchcock avec Fenêtre sur cour (1954) adapté d’une nouvelle au titre éponyme ou encore par Robin Davis en 1983 avec J’ai épousé une ombre. Avec La Mariée était en noir Truffaut inaugure aussi un partenariat d’une dizaine d’années avec Les Artistes associés, une société française créée en 1964 filiale européenne de la United Artists, mythique société américaine que Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Griffith avaient fondé en 1919. À quelques exceptions près (la suite et fin de la saga Doinel, Les Deux anglaises et le continent en 1971, La Nuit américaine en 1973 ou bien encore Une belle fille comme moi chroniqué un peu plus bas), la plupart des films qu’il réalisera durant cette décennie seront financés en partie grâce à l’association Les Artistes associés et Les Films du Carrosse, la société de François Truffaut. Avec cet attelage financier le réalisateur / producteur bénéficiera d’une totale indépendance créatrice.

    Pour autant, il émettra jusqu’à sa mort des regrets sur le résultat de La Mariée était en noir alors même que le film remplit les salles (1 274 411 entrées) et d’aise la critique. C’est qu’il dût endurer un tournage particulièrement compliqué. Il batailla ainsi sans cesse avec Raoul Coutard pour obtenir ce qu’il voulait à l’image. Ce sera d’ailleurs la dernière collaboration entre les deux hommes. À tel point d’ailleurs qu’il délégua à Jeanne Moreau le soin d’expliquer à chacun des acteurs qui jouent ses victimes leur rôle respectif. D’où à l’image cette espèce de flottement que l’on peut ressentir avec les prestations de Michel Bouquet, Jean-Claude Brialy, Claude Rich ou Michael Lonsdale. Reste tout de même la dernière partie où Charles Denner s’en donne à cœur joie annonçant son personnage dans L’Homme qui aimait les femmes (1977). Il y aussi la musique de Bernard Hermann que Truffaut trouve bien trop envahissante (et on est d’accord) symbolisant au demeurant l’inspiration toute hitchcockienne du moment de son cinéma. Quant aux costumes signés Pierre Cardin, ils ne satisferont jamais totalement Truffaut. Et puis surtout, il y a la mort de Françoise Dorléac. La sœur de Catherine Deneuve, avec qui il a eu une aventure durant le tournage du film La Peau douce (1964), se tue dans un accident de voiture deux jours après le début des prises de vue laissant Truffaut totalement exsangue.

    Et de fait dans La Mariée était en noir, si la mort rôde bien derrière la caméra, elle est à l’évidence le thème central à l’image. Truffaut a beau ne pas aimer son film, il est indéniable que celui-ci dégage encore aujourd’hui une odeur de soufre matinée de ce sentiment mortifère qui régale les sens du spectateur. Jeanne Moreau y est sublime en Gorgone statufiant ses victimes à l’issue de stratagèmes raffinés qui forcent l’admiration. Et puis tel un naturel revenant au galop, Truffaut ne peut se départir vers la fin de jouer avec le spectateur en faisant du personnage de Charles Denner, cet homme à femmes jamais vulgaire, à la limite de la timidité mais dont le charme agit à tous les coups, son double à l’écran qui donne in extremis au film cette légèreté truffaldienne où la recherche obsessionnelle du sens de la vie croise le fer avec la volonté toujours plus forte de la vivre à fond.

    On se faisait une joie de redécouvrir La Mariée était en noir dans une copie annoncée comme restaurée. Quelle ne fut pas notre déception à la découverte d’un master certes restauré en HD mais proposé en 1080i. Par soucis d’économie, Arte Éditions a dû certainement ne sortir qu’un master en 25 images/s en prévision d’une exploitation TV et VOD qui ne supporte pas le défilement cinéma en 24 images/s. Le Blu-ray a cette capacité technique ce qui en fait, avec le Blu-ray 4K UHD, le meilleur support vidéo tout court et celui le plus à même de proposer une œuvre cinématographique dans une qualité optimale. En imposant le film dans un défilement idoine au DVD ou selon la norme de diffusion vidéo actuelle la plus vulgairement répandue, Arte rate le coche à la fois du côté de la défense du support physique pour laquelle elle a pourtant signé l’appel des 85 tout en trahissant l’œuvre elle-même. On n’exagère même pas d’autant que par ailleurs le master manque de piqué et de définition avec un côté Musée Grévin au niveau de la tessiture des peaux des plus rédhibitoire. Faut-il de plus préciser qu’en 25i/s les voix et la musique de Bernard Hermann ne sont pas audibles au débit et aux octaves voulus par Truffaut ? Autant dire que si restauration il y a eu, le résultat obtenu et proposé lors de son transfert en vidéo s’est dilué dans un océan d’incompétence tous azimuts doublés d’un contrôle des coûts fort mal arbitré. Côté bonus on ne sera pas moins déçu avec certes la présence d’interviews d’époque mais rien qui puisse contextualiser le film dans la filmo du réalisateur et celle de la production cinématographique française de l’époque. Comme dirait Miguel Weissmuller : « Sale, nul, deux ».

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono et Audiodescription
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h42min 57s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • La comtesse de Monte-Cristo : entretien avec François Truffaut par Anne Andreu – Extrait de l’émission A vous de juger (19/04/1968 – 9min54s). Comment Truffaut adapte un livre (notes depuis le livre)
    • Une mariée solitaire : entretien avec Jeanne Moreau sur le tournage du film – Extrait de l’émission Cinéma (28/09/1967 – 3min 47s)
    • Los 4 Golpes : court métrage de François Truffaut (1962 – muet – 2min53s – HD)
    • Bande-annonce originale (3min44s – restaurée)

    La Sirène du Mississipi - AfficheBlu-ray 2 : La Sirène du Mississipi (remasterisation HD – 1969) – Au cinéma le 18 juin 1969

    Île de la Réunion. Louis Mahe, jeune exploitant local et riche héritier, a connu Julie Roussel par de petits annonces et il est immédiatement conquis par son charme. Hélas, il s’aperçoit bien vite qu’elle cache un terrible secret.

    Après La Mariée était en noir Truffaut décide de donner une suite à ses 400 coups qui l’avait propulsé recta au firmament des cinéastes incontournables tout en lançant le mouvement emblématique de la Nouvelle vague. Pas mal pour un premier long. Ce sera Baisers volés qui lui permet donc de retrouver son alter ego à l’écran en la personne d’Antoine Doinel interprété par un Jean-Pierre Léaud devenu jeune adulte. Le film renflouera totalement les caisses des Films du Carrosse qui avait énormément souffert de l’échec de Fahrenheit 451 permettant à Truffaut d’envisager une nouvelle adaptation d’un roman de William Irish qu’il va tourner en partie sur l’île de La Réunion avec deux immenses stars. Ce sera La Sirène du Mississipi, son film alors le plus ambitieux (8M de francs lourds) et le plus hitchcockien.

    Il est indéniable en effet que voilà une réalisation qui ne manque pas de souffle ni d’allant avec une histoire riche en rebondissements emmenant le spectateur en des contrées jusque-là inédites dans le cinéma de Truffaut. Un Truffaut qui se fait par ailleurs plaisir où les mouvements de caméra amples et généreux répondent à une direction d’acteurs à l’avenant. Ce qui est d’autant plus impressionnant quand on sait que Truffaut écrivait les dialogues la veille pour le lendemain naviguant quelque peu à vue mais inspiré pour ne pas dire habité par son idylle naissante avec Deneuve. Et puis Truffaut s’est donné le luxe de tourner son film dans l’ordre chronologique ce qui donne à l’écran cette sensation peu courante d’une progression dramatique jamais prise à défaut où chacun semble vivre son personnage qui va bien au-delà de l’incarnation. À tel point d’ailleurs que le malaise Belmondo n’en est que plus prégnant.

    Truffaut cherchait en effet à inverser les rôles dans La Sirène du Mississipi. Belmondo est un personnage tout droit sorti d’un livre de Stendhal donc impuissant que Deneuve, sorte de voyou au féminin, va dépuceler sans ménagement. Belmondo ne s’y fera jamais vraiment acceptant d’ailleurs le rôle un peu (beaucoup) sur l’insistance de son entourage (Gérard Lebovici son agent et René Chateau son attaché de presse depuis peu). Le flop dans les salles provoquera un acte de contrition de Truffaut qui prendra la forme d’une longue lettre adressée à l’acteur qui de toute façon n’assura pas la promo et qui avouera avoir vu le film que bien des années plus tard. Pour autant, ce contre-emploi est plus que jamais encore aujourd’hui une belle idée de cinéma propre non pas à casser l’image de la vedette virile emportant tout sur son passage à commencer par la gente féminine (on rappellera que Bébel était alors en couple avec la James Bond girl Ursula Andress rencontrée en 1965 sur le tournage des Tribulations d’un Chinois en Chine de Philippe de Broca), mais bien de lui faire endosser ce costume d’homme fragile, manipulable et bien souvent dépassé par les événements enfoui au plus profond de lui. Une sorte de coming out que Truffaut ne parviendra pas tout à fait à exprimer et à montrer trop occupé in fine à entretenir la flamme de son amour naissant envers son actrice.

    Une situation pour laquelle Belmondo en pris d’ailleurs ombrage sans que pour autant les relations lors du tournage en pâtissent. Mais cela ne permit jamais à La Sirène du Mississipi d’être ce film fusionnel auquel Truffaut aspirait. Belmondo ne pouvant pas être ce prolongement devant la caméra qu’il recherchait. Au lieu de quoi nous avons plus une œuvre dans la lignée de son inspiration hitchcockienne du moment (ce sera le dernier) qui montre une Deneuve en blonde platine se mouvant avec grâce et une pointe de mystère sur une musique qui puise à l’évidence son inspiration dans celle de Bernard Hermann. Cela ne suffit pas totalement à notre bonheur mais réussit tout de même à nous envoyer dans un ailleurs de cinéma à bien des égards excitant et revigorant.

    Ce que ce Blu-ray s’ingénie à contrecarrer de toutes ses forces. Pendant la rédaction de ce petit dossier, est sorti en Allemagne le 30 janvier 2021 chez Explosive Media un Blu-ray de La Sirène du Mississipi qui s’il ne semble pas proposer le même master annoncé remasterisé HD comme ici présente tout de même une tenue de route finale bien supérieure. À commencer par l’encodage 1080p Versus 1080i ici. On ne reviendra pas sur ce que l’on disait précédemment sur La Mariée était en noir où le 1080i est déjà la norme, on pointera juste pour la bonne bouche la durée du film : 118min ici contre 123min sur le Blu-ray allemand. La différence entre un défilement à 25i/s et celle cinéma à 24i/s. Et puis que dire de la différence de piqué, de définition, de colorimétrie et de contrastes. On s’en doutait un peu à la seule vision du Blu-ray Arte mais sans mettre exactement le doigt dessus. À la découverte du comparatif ci-dessous, on va dire que cela saute à la rétine.

    La retranscription du mono d’origine n’appelle pas de commentaires spécifiques sinon que si l’on tend un peu l’oreille on pourra remarquer que la musique hitchcockienne signée Antoine Duhamel ne semble pas aussi charnelle et enveloppante que sur le Blu-ray de Explosive Media. On aimerait dire que là encore à 25 images par seconde, on perd forcément en lisibilité et contrastes sonores, mais on n’en est même pas certain.

    Enfin si l’on se place sur le versant purement éditorial, on reste totalement sur sa faim. Ce n’est en effet pas avec deux extraits d’émission de l’époque que l’on va pouvoir prétendre embrasser l’histoire foisonnante de la production de ce film. Il y avait pourtant matière. Ne serait-ce qu’en reprenant l’extraordinaire documentaire Le Mythe de la sirène réalisé par Nina Barbier au début de la dernière décennie. Mais vous savez quoi, on a contacté la boîte de production qui nous a fort gentiment communiqué ce lien à même de le (re)découvrir dans son intégralité. C’est un modèle du genre avec en fil rouge le fils Belmondo qui en arpentant les routes et les lieux du tournage avec la Peugeot cabriolet 403 conduite alors par son père ravive les souvenirs d’un film devenu un mythe sur l’île de la Réunion.

    Last but not least : La Sirène du Mississipi s’écrit bien avec un seul « p » à la différence du titre du livre qui s’affiche avec deux « p » reprenant l’orthographe connu et admise pour parler de ce fleuve du sud des États-Unis. Il n’est pas rare de rencontrer au détour d’études, critiques et autres chapitres au sein de livres consacrés au film, Mississipi orthographié avec deux « p ». Le dernier exemple en date figure au sein de l’article paru à l’été 2020 dans Le Monde consacré au film et à Belmondo par Samuel Blumenfeld (excellent au demeurant comme les cinq autres de la série sur la star française). Truffaut renvoyait ainsi au nom du navire de la Compagnie des messageries maritimes d’où débarque le personnage joué par Catherine Deneuve. Si le nom en lui-même n’est pas montré directement dans le film, on peut le déchiffrer furtivement mais assez distinctement sur le tee-shirt d’un marin qui descend de la passerelle. Mississipi écrit ainsi est par ailleurs l’ancienne orthographe française du fleuve américain.

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 2.35:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono et Audiodescription
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h58min 16s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • Un homme né pour faire des films : François Truffaut vu par Jean Renoir – Extrait de l’émission L’Invité du dimanche (26/10/1969 – 4min02s)
    • Une histoire d’amour inversée : entretien avec François Truffaut – Extrait de l’émission Les Morceaux de bravoure – Le film d’amour (3/09/1973 – 3min18s)
    • Bande-annonce originale (4min13s – restaurée)

    L'Enfant sauvage - Affiche Blu-ray 3 : L’Enfant sauvage (remasterisation 2K – 1969) – Au cinéma le 25 février 1970

    Un jeune garçon violent et sale est retrouvé par des villageois dans la forêt. Il est recueilli par le professeur Jean Itard, qui va se consacrer exclusivement à l’éducation du jeune garçon, qu’il a renommé Victor. François Truffaut adapte l’histoire vraie de Victor, cet enfant trouvé dans la forêt d’Aveyron au 18e siècle.

    Même si au final La Sirène du Mississipi attirera 1 221 027 spectateurs, il sera considéré, certainement au regard de son budget très conséquent, comme un véritable échec commercial.  Heureusement, L’Enfant sauvage était un projet validé et déjà sur les rails quand La sirène… sort sur les écrans le 18 juin 1969. Quinze jours plus tard, alors que les premières remontées depuis les salles n’ont pas donné envie de sabrer le champagne, Truffaut est déjà en Auvergne pour commencer le tournage de L’Enfant sauvage. Le cinéaste des 400 coups, film – rappelons-le – en partie autobiographique, s’est toujours intéressé aux enfants et particulièrement aux enfants difficiles, aux délinquants et aux expériences pédagogiques ou psychologiques les concernant. Truffaut mettra d’ailleurs un point d’honneur durant toute sa vie à s’investir contre les violences faites aux enfants. C’est avec la liberté de la presse et le droit à l’insoumission dans l’armée, l’une des rares causes pour laquelle il a voulu peser de tout son poids sur la scène médiatique, sociale et politique. L’Enfant sauvage lui donnera donc l’occasion d’en faire l’écho en attendant le toujours aussi merveilleux L’Argent de poche qu’il réalisera quelques années plus tard.

    Pour L’Enfant sauvage, Truffaut est parti d’un livre de Lucien Malson, un professeur de psychologie sociale qui y étudiait « les enfants privés de tous contacts avec les hommes et ayant, pour une raison ou pour une autre, grandi dans l’isolement ». Des cinquante-deux cas analysés par Malson, Truffaut s’est passionné pour celui de Victor de l’Aveyron découvert en bas âge en pleine forêt par des chasseurs en 1798 avant d’être longuement étudié par le professeur Jean Itard, brillant médecin spécialisé dans l’étude des processus auditifs qui venait à tout juste 29 ans de prendre la direction de l’Institut national des sourds-muets à Paris. Une fois que l’enfant lui fut confié, il s’employa à prouver que ce n’était pas un idiot congénital abandonné par des parents après avoir constaté son état mental. Pour ce faire, il va personnellement éduquer Victor afin qu’il puisse s’insérer à minima dans la société des hommes. D’un enfant devenu sauvage par une absence d’affection, isolement et manque de communication avec les humains, il devint apte à marcher sur ses deux jambes, à communiquer et à développer son intelligence. Le professeur Itard rédigea durant cette période deux rapports dont l’un destiné à l’Académie de médecine fit grand bruit dans toute l’Europe permettant de changer la perception que l’on pouvait se faire de la psychologie de l’enfance.

    Pour financer L’Enfant sauvage, Truffaut a besoin de 2M de francs. Il se tourne vers Les Artistes Associés qui sont plus que réticents. C’est qu’un film en N&B et sans vedette ne les fait pas forcément grimper aux rideaux. Mais le représentant en Europe des Artistes Associés a pour gendre Jean-Louis Livi alors bras droit de Gérard Lebovici, l’agent extrêmement puissant à l’époque de Truffaut qui fait une pression tous azimuts auprès des AA pour que le film se fasse. Les deux parties vont alors trouver un compromis en liant le destin de cet Enfant sauvage à celui de La Sirène du Mississipi avec dans l’idée de compenser les pertes prévues pour l’un sur les bénéfices que génèreront forcément le couple Deneuve – Belmondo. C’est le contraire qui se produira. L’Enfant sauvage sera en effet un joli succès tant en France (1 458 164 entrées) qu’aux États-Unis où la presse le qualifie désormais de « New Renoir ». Les voix du cinéma sont décidément impénétrables.

    C’est François Truffaut qui joue le rôle du professeur Itard. C’est la première fois qu’il passe ainsi devant la caméra d’un de ses films. C’est aussi la première fois qu’il collabore avec Néstor Almendros, ce chef opérateur d’origine espagnol révélé avec l’émergence de la Nouvelle Vague quelques années plus tôt et avec qui il retravaillera à huit nouvelles reprises. Leur volonté mutuelle ici était de proposer une image « désuète » proche du cinéma muet avec des fondus utilisant les fermetures à l’iris et un grain très travaillé. Ce que ce Blu-ray ne retranscrit que très maladroitement avec une image bien trop nettoyée ou définie et finalement à la teneur d’ensemble très vidéo pour espérer se conformer aux intentions originelles du couple Truffaut / Almendros. L’enfant du titre s’appelle Jean-Pierre Cargol. Il a été déniché dans une école de la région par son bras droit de toujours Suzanne Schiffman et son assistant du moment, un certain Jean-François Stévenin. Jean-Pierre Cargol a alors 12 ans et c’est un enfant de gitan à la peau mat qui selon Truffaut est « très beau mais qui a bien l’air de sortir des bois ». Pour la petite histoire c’est le neveu du célèbre guitariste Manitas de Plata. Il a aujourd’hui 62 ans. Que l’on aurait aimé trouver un bonus au sein de cette édition où il aurait partagé avec nous ses souvenirs d’enfance et de tournage.

    L’Enfant sauvage est un film qui reste plus que jamais aujourd’hui une réussite propre à foutre les poils alors même que dans la forme il adopte un ton proche du documentaire avec une rigueur de tous les instants dans la mise en scène que le jeu sec et atone des comédiens vient renforcer. C’est justement de ce dispositif en apparence froid pour ne pas dire clinique qu’affleure une émotion et un humanisme de tous les instants. Et quant à la démonstration qui veut que chaque enfant puisse avoir toutes ses chances dans la vie à partir du moment où on lui accorde un minimum d’attention, d’amour et d’éducation, elle n’en est que plus belle et on ne peut plus convaincante. Et puis surtout, la force du film réside dans sa propension à lui découvrir des qualités inédites à chaque nouvelle vision. Vieillir avec L’Enfant sauvage est une véritable offrande en forme de cure de jeunesse. Pour ceux qui le découvriraient, et ce quel que soit son âge, il ne pourra que régénérer leur croyance en l’avenir des hommes. Et par les temps qui courent, on peut certainement affirmer que c’est un tour de force. Certainement la définition même du film universel.

    Un qualificatif auquel ce Blu-ray ne peut prétendre. Outre cette image issue pourtant d’une restauration 2K plutôt figée et bien trop dégrainée pour être conforme aux volontés de François Truffaut et de son chef op Néstor Almendros, on rajoutera qu’Arte propose une nouvelle fois un encodage en 1080i qui finit d’enterrer la partie technique ni faite ni à faire de cette édition Blu-ray. On sera moins sévère sur le versant bonus car l’éditeur nous propose des images du tournage toujours bienvenues ainsi qu’un extrait d’une émission TV de l’époque qui réunissait François Truffaut et Lucien Malson, l’auteur du livre. Ce qui l’un dans l’autre permet de contextualiser un tantinet l’histoire de la production du film. Mais cela reste tout de même bien trop juste.

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h21min 10s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • Sur le tournage de L’Enfant sauvage – Extraits de François Truffaut : dix ans, dix films dans la Collection Cinéastes de notre temps de Janine Bazin et A. S. Labarthe (26/01/1970 –  13min15s)
    • Entretien avec François Truffaut et Lucien Malson auteur de l’ouvrage Les enfants sauvages – Extrait de l’émission L’invité du dimanche (26/10/1969 – 12min02s)
    • Bande-annonce originale (2min53s – restaurée)

    Une belle fille comme moi - AfficheBlu-ray 4 : Une belle fille comme moi (remasterisation HD – 1972) – Au cinéma le 13 septembre 1972

    Stanislas Previne est un jeune sociologue préparant une thèse sur les femmes criminelles. Il rencontre Camille Bliss en prison pour l’interviewer. Camille est accusée d’avoir tué son amant et son mari. Elle raconte sa vie et ses histoires d’amour à Stanislas…

    Entre L’Enfant sauvage et Une belle fille comme moi, il y a eu Domicile conjugal (1970) et Les Deux Anglaises et le continent (1971). Soit un nouvel et génial épisode de la saga Antoine Doinel et un film catharsis censé le guérir de son chagrin d’amour conséquence de sa séparation avec Catherine Deneuve. Les deux films sont au catalogue de MK2 dorénavant géré par Carlotta qui les a réédités en 2020 à l’identique des précédentes éditions uniquement en DVD pour Les Deux anglaises… et en Blu-ray et DVD pour Domicile… On précisera, car on n’est pas bégueule, qu’ils sont aussi visibles sur Netflix depuis peu. Les Deux Anglaises et le continent ne rencontrera ni son public ni la critique mais il permettra tout de même à Truffaut de se consoler de ses tourments de cœur en initiant une liaison pendant le tournage avec Kika Markham, l’une des deux anglaises du titre, qui durera quelques mois.

    Le tournage d’Une belle fille comme moi débute trois mois à peine après la sortie des Deux Anglaises… Il retrouve Bernadette Laffont qu’il avait lancé avec Chabrol au début de La Nouvelle Vague. L’actrice avait fait depuis une pause pour donner naissance à trois enfants mais aussi pour « vivre autrement » (entretien donné dans L’Express du 4 octobre 1972). C’est avec La Fiancée du pirate réalisé en 1969 par Nelly Kaplan qu’elle revient sur le devant de la scène. Une belle fille comme moi adapte le roman Such a gorgeous kid like me de l’écrivain américain Henry Farrell qui n’est pas un inconnu pour tout cinéphile qui se respecte puisqu’en 1962 un de ses bouquins est déjà adapté à Hollywood pour devenir Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? réalisé par Robert Aldrich et qu’il signera le scénario de Chut… chut, chère Charlotte du même Robert Aldrich en 1964. Les droits du livre sont détenus par la Columbia avec qui il s’associera pour réaliser ce film qui pourrait s’apparenter à une suite de La Sirène du Mississipi dans sa façon de faire de Bernadette Laffont un « voyou femelle » à l’instar de celui joué par Catherine Deneuve.

    C’est Bernadette Laffont qui présente Jean-Loup Dabadie à François Truffaut. Il apprécie en effet le travail de ce jeune scénariste que ses deux collaborations avec Claude Sautet pour Les Choses de la vie (1970) et Max et les ferrailleurs (1971) viennent de propulser sous le feu des projecteurs. Pour autant, si leur collaboration fut amicale et fructueuse, les deux versions que Dabadie proposera à Truffaut ne le satisferont jamais totalement. Arès avoir un temps songé à endosser le costume du personnage principal, il finira par engager un certain André Dussollier alors tout jeune pensionnaire à la Comédie-Française dont ce sera ici sa toute première incursion au cinéma. Il joue le rôle de ce jeune sociologue qui, préparant une thèse sur les femmes criminelles, rentre en contact avec Camille Bliss alors incarcérée pour avoir tuée son mari. Celle-ci lui déballe alors toute sa vie des plus trépidante et aventureuse. Si le rôle de Camille va comme un gant à une Bernadette Laffont pétillante et rayonnante, on a tout de même l’impression que cette forme de comédie a un peu de mal à s’intégrer dans le cinéma de François Truffaut. On sent qu’il ne maîtrise pas tout à fait les codes et qu’au final Une belle fille comme moi montre par moment des signes d’essoufflement ou de lassitude quand il ne s’agit pas d’un sentiment d’artificialité.

    Ce qui dans l’absolu serait aussi faire un mauvais procès à Truffaut car Une belle fille comme moi recèle beaucoup de moments particulièrement réussis. Mais ce sont les enjeux de l’histoire bien trop superficiels ou sans surprises qui finissent par lasser pour ne pas dire agacer. Le film fera une carrière plutôt moyenne en France et aux États-Unis mais rencontrera un meilleur accueil en Italie où il est porté par des slogans plutôt accrocheurs tel que « Supercomico, Supersexy, Super-film ». Truffaut se désintéressera très vite de la promotion sentant bien que le public n’avait d’yeux que pour Bernadette Laffont alors que les critiques étaient plutôt tièdes. L’actrice finira par porter le film en solo mais le fit avec panache et brio à l’image de sa prestation échevelée.

    Une belle fille comme moi n’avait été jusqu’ici édité en DVD que fort tardivement et encore uniquement au sein d’un coffret réunissant l’intégrale de l’œuvre de Truffaut. C’était en 2014 et c’était chez Potemkine Films. Il faudra donc pour le (re)découvrir en Blu-ray encore une fois en passer par un coffret en attendant peut-être une future édition single. En espérant aussi qu’alors Arte ou un autre éditeur se décide à le proposer en 1080p et non en 25images/seconde 1080i. On vous renvoie à notre paragraphe ad hoc sur La Mariée était en noir pour comprendre tout le bien que l’on en pense. D’autant que là encore le résultat à l’écran laisse à désirer avec certes un master impeccable mais un encodage qui tend à figer les visages en des momies cireuses. Ce n’est pas aussi poussé que sur La Sirène… mais cela reste quand même sacrément visible. Faut-il aussi insister sur la partie son qui en 25 images par seconde est forcément proposé d’au moins une octave trop haute. Enfin niveau bonus c’est plus positif avec la présence d’un excellent reportage d’époque sur le tournage extrait d’une émission d’origine belge qui permet d’humer l’ambiance et surtout d’appréhender l’énergie communicative de Bernadette Laffont. Quant à Truffaut, il semble plus spectateur de son actrice qu’autre chose.

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h33min 57s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • Sur le tournage d’Une belle fille comme moi, avec François Truffaut, Bernadette Lafont, Guy Guy Marchand, André Dussollier et Anne Kreis – Extrait de l’émission belge Le Petit carrousel illustré  (19/04/1972 – 29min45s)
    • Bande-annonce originale (1min57s – restaurée)

    L'Histoire d'Adèle H. - AfficheBlu-ray 5 : L’Histoire d’Adèle H (remasterisation HD – Au cinéma le 08 octobre 1975)

    Si on connaît bien Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo, le destin d’Adèle est en revanche plus méconnu. Elle partageait avec son père le même talent pour l’écriture. Pour autant, c’est l’enfièvrement amoureux et non l’ambition littéraire qui l’animait.

    Entre Une belle fille comme moi et L’Histoire d’Adèle H., François Truffaut réalise La Nuit américaine (1973) qui lui permettra de coucher sur pellicule un vieux rêve, celui de faire un film dans le film qui l’un dans l’autre lui vaudra l’Oscar du meilleur film étranger. C’est un véritable succès critique et surtout public aux États-Unis qui va lui permettre de lever le pied et de profiter un peu de sa notoriété en voyageant surtout outre-Atlantique puis en finissant un livre entamé de longue date qui s’intitule Les Films de ma vie. L’ancien critique reprend ses marques et réalise un nouvel ouvrage de référence après le Hitchcock/Truffaut paru en 1966 devenu instantanément un incontournable en France comme aux États-Unis.

    Dès 1972, Truffaut s’est intéressé au destin de la deuxième fille de Victor Hugo dont l’histoire était beaucoup moins connue que celle de sa sœur ainée Léopoldine morte noyée à 19 ans en 1843. Adèle Hugo dont l’état mental était pour le moins défaillant aimait d’un amour fou un lieutenant de l’armée anglaise qui n’en avait que faire. Elle l’a ainsi suivi clandestinement jusqu’un bout du monde pour finir ses jours dans une maison de repos en France où elle s’éteindra en 1915 oubliée de tous. C’est la toute jeune Isabelle Adjani que Truffaut avait repéré dans L’École des femmes de Molière montée à La Comédie-Française mais aussi dans La Gifle (1974) de Claude Pinoteau, énorme succès populaire avec plus de 3M d’entrées, qui tiendra le rôle d’Adèle Hugo. C’est l’acteur anglais Bruce Robinson qui jouera le lieutenant Albert Pinson. Celui-là même qui réalisera en 1992 le thriller Jennifer 8 avec Andy Garcia et Uma Thurman. Le tournage est assez tendu du fait de l’isolement subit par toute l’équipe qui doit crapahuter entre l’île de Guernesey et celle dite de Gorée au large de Dakar au Sénégal. De plus, le film se tourne en deux versions, l’une en français et l’autre en anglais obligeant la multiplication des prises qui finissent à la longue par harasser acteurs et équipes techniques. Et puis comme souvent Truffaut est amoureux de son actrice pour laquelle il avouera avoir été littéralement envouté. Adjani de son côté « passera son temps à le repousser en tant que femme et en tant qu’actrice » (entretien accordé à Antoine de Baecque et Serge Toubiana pour leur biographie sur François Truffaut paru en 1995 Gallimard). François Truffaut reproduisait finalement à l’écran ce qu’il vivait d’une manière inversée durant le tournage.

    L’Histoire d’Adèle H. devient ce film malaisant conséquence d’une forme de voyeurisme exacerbé à la fois pour le spectateur mais aussi pour le cinéaste qui pour compenser cet amour impossible cadre obsessionnellement son actrice oubliant toute progression dramatique dans son récit puisque dès les premières images on a bien compris qu’Adèle était emprisonnée dans le carcan de ses obsessions délirantes. Le film en devient même pénible pour se doubler d’une véritable délivrance quand apparaît le générique de fin. Et pourtant. En écrivant ces quelques lignes, on est forcé d’admettre qu’il nous reste de cette Histoire d’Adèle H. des images marquantes nous ramenant inlassablement vers le visage pétrifié d’une Adjani qui en s’efforçant d’incarner de toutes ses forces ce personnage hors normes tutoie une forme de folie forcément destructrice. Un premier round de chauffe avant le Possession que Żuławski réalisera en 1981 ?

    Par contre, côté Blu-ray cela fait longtemps que nous sommes échaudés. Et ce n’est pas ce cinquième disque qui va nous calmer puisque l’on nous ressert ce flamboyant encodage 1080i dont on vous laisse lire tout le bien que l’on en pense en lisant les paragraphes ad hoc des précédents films. On retrouve aussi cette magnifique propension à gâcher le rendu d’un master par ailleurs exempt du moindre défaut. Visages de cire et définition en berne semblent encore une fois la norme avec toutefois une amélioration notable quant à la présence d’un grain pelloche qui fait plaisir à voir. On restera quand même sur notre faim que la partie bonus, qui ne propose que de brefs entretiens avec Truffaut ou Adjani extraits d’émissions TV de l’époque, aura bien du mal à inverser. Il va sans dire que les entendre s’épancher quelque peu sur le film reste un témoignage digne de figurer ici. Mais sans aucun contrepoint contextuel, ils perdent quasiment toute valeur instructive.

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono et Audiodescription
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables et Français lors des passages en anglais débrayables
    • Durée : 1h33min 29s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • Une histoire d’amour avec une seule personne : Entretien avec François Truffaut, extrait de l’émission Pour le cinéma (21/09/1975 – 4min17s)
    • Présentation du film à Lyon : François Truffaut et Isabelle Adjani à l’ouverture de la Semaine du cinéma à Lyon – Extrait du JT de FR3 Rhône-Alpes (05/11/ 1975 – 2min13s)
    • Entretien avec Isabelle Adjani pour l’émission Cinescope (10/03/1980 – 5min53s)
    • Bande-annonce originale (2min45s – restaurée)

    L'Argent de poche - AfficheBlu-ray 6 : L’Argent de poche (remasterisation 2K – Au cinéma le 17 mars 1976)

    Le doux piaillement des enfants, qui rient et qui jouent, fait vibrer les rues ensoleillées du village de Thiers. La plupart d’entre eux ont pour principal souci la découverte de l’écriture ou des premiers émois amoureux. D’autres doivent affronter une réalité plus sombre.

    À la différence de la plupart de ses films, L’Argent de poche n’adapte pas un bouquin. Truffaut voulait, après les tensions du tournage sur L’Histoire d’Adèle H., travailler à nouveau avec des enfants. Pour ce faire il écrit une histoire basée sur des faits divers qu’il a pu lire, des petits récits qu’on a pu lui raconter comme celle de la petite fille abandonnée par ses parents qui crie par la fenêtre qu’elle a faim, ou rapporter des épisodes de sa propre enfance comme le baiser de la fin en colonie de vacances. D’abord envisagé comme un film à sketches illustrant différents aspects de l’enfance avec comme fil rouge leur grande faculté de résistance et d’adaptation, L’Argent de poche prendra son orientation finale, l’histoire d’une classe dans une école primaire sur une année scolaire avec quelques enfants mis en exergue, grâce à Suzanne Schiffman, son assistante de toujours, créditée ici en tant que co-scénariste.

    François Truffaut décide de tourner dans la ville de Thiers en Auvergne à l’été 1975 et choisit parmi les enfants de celle-ci les principaux protagonistes de son film. Mais pas que puisqu’il mettra aussi à contribution ses propres enfants ainsi que quelques-uns de ses amis proches. Sur le tournage règne une ambiance de colonie de vacances. Truffaut est aux anges et fait évoluer son scénario et ses dialogues en fonctions des humeurs de chacun mais aussi des échanges entre les enfants qu’il attrape à la volée hors caméra. Ce qui donne ce film si particulier à la fois drôle, vivant, enlevé et profondément humain. Et puis surtout il traverse les âges pour toucher chaque nouvelle génération avec la même grâce et acuité. Après la pesanteur qui a entouré L’Histoire d’Adèle H., L’Argent de poche est un vrai bain de jouvence et de bonheur pour un Truffaut toutefois épuisé par l’enchainement des films. Ce qui ne va pas l’empêcher de repartir aux États-Unis rejoindre un certain Steven Spielberg sur le set de Rencontres du troisième type (1977). Mais ceci est une autre histoire.

    Arte Video annonce une image issue d’un master restauré 2K. Que l’on aurait aimé vous en rendre compte. C’est que si ce que l’on voit ne souffre d’aucun défaut de pellicule, l’encodage adopté ne rend absolument pas justice au travail de restauration. Vous me direz que si vous avez lu jusqu’ici et non picoré les informations en fonction du film de Truffaut qui vous intéresse, vous nous voyez venir. On a donc droit une nouvelle fois à du 1080i (on vous renvoie à notre appréciation technique sur La Mariée était en noir tout en haut) et à ce rendu d’une image arbitrairement dégrainée avec tous les effets pervers que cela implique comme ces teints de peau cireux et ce manque total de naturel de l’ensemble. On a un peu mal pour Pierre-William Glenn que Truffaut retrouve pour la troisième et dernière fois après Une belle fille comme moi et La Nuit américaine (1972). Ce très grand chef-op qui a par exemple été de quasiment tous les premiers films de Bertrand Tavernier et qui épousait ici à merveille les intentions naturalistes de François Truffaut, doit avoir un petit haut le cœur à la découverte de son travail d’autant que ce grand monsieur est toujours des nôtres et que, peut-être, il n’aurait pas été totalement idiot de faire appel à lui pour superviser l’image de ce Blu-ray.

    De la même façon que l’entendre parler de sa collaboration avec François Truffaut aurait pu être aussi une autre bonne idée. On est persuadé qu’Olivier Père, le responsable technique et éditorial de ce coffret, l’a eu. On mettra cela sur le manque de moyens ou alors un arbitrage des dépenses exclusivement dévolues à l’obtention d’images d’archive qui on le sait coûtent une blinde. Et ne mégotons pas non plus car ici elles sont de premières mains (comme dirait un de nos éminents collègues à la rédac). Entre autres un montage muet d’images de tournage réalisé par un certain Jérôme Tonnerre dont on a souvent vu des extraits au sein de documentaires consacrés au réalisateur. De mémoire, jamais dans son intégralité au sein d’un bonus DVD (on se trompe peut-être). Ces images sont fabuleuses et rendent comptent de l’ambiance joyeuse et festive qui pouvait régner sur le tournage. Pour la petite histoire Jérôme Tonnerre n’avait pas plus de 16 ans en cet été 1975 et ces images proviennent de sa petite caméra Super-8. Il s’est présenté un jour au Films du Carrosse en demandant à rencontrer Truffaut afin de lui confier sa passion du cinéma et pour ses films. Jérôme Tonnerre habitait alors dans le même quartier des Champs-Élysées où la société de François Truffaut se trouvait. De cette rencontre et de ces années de formation sous la houlette bienveillante du cinéaste, Jérôme Tonnerre écrira un livre épris d’admiration et d’humanité intitulé Le Petit voisin (Calmann-Lévy -1999). Aujourd’hui, il est l’un des scénaristes les plus en vue de la profession. Son dernier « méfait » est Poly de Nicolas Vanier. On présume que c’est lui qui a fourni directement son petit film à Olivier Père et on veut bien admettre que cela vaut toutes les interviews du monde.

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono et Audiodescription
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h41min 04s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • Entretien avec François Truffaut par Christian Defaye – Extrait de l’émission Spécial Cinéma (10/12/1975 – 25min07s)
    • Les essais des enfants pour le film (1975 – 11min14s)
    • Sur le tournage du film par Jérôme Tonnerre (1975 – 14min53s – muet)
    • Bande-annonce originale (3min25s – restaurée)

    L'Homme qui aimait les femmes - AfficheBlu-ray 7 : L’Homme qui aimait les femmes (remasterisation 2K – Au cinéma le 27 avril 1977)

    Bertrand Morane est un séducteur invétéré, prêt à toutes les audaces pour le plaisir d’une rencontre amoureuse. Par peur d’oublier une de ses conquêtes, il décide de tenir le journal de ses aventures. Le livre ne manque pas d’éveiller l’intérêt, à la fois professionnel et personnel, d’une ravissante éditrice…

    Durant le tournage passablement long de Rencontres du troisième type où François Truffaut a endossé le costume du scientifique français Lacombe souhaité par Spielberg, il a eu le temps de préparer son prochain film initialement intitulé Le Cavaleur. Le scénario original a été co-écrit avec un ami rencontré du temps des Cahiers du Cinéma à la fin des années 50, mais perdu de vue depuis. Michel Fernaud est devenu entre-temps un auteur, dialoguiste, metteur en scène au théâtre et même réalisateur. Il est aussi connu sur la place de Paris pour être un « homme à femmes ». Une « expérience » dont Truffaut a besoin pour construire son scénario même si lui-même n’est pas à plaindre dans ce domaine. François Truffaut ne cherche par à dresser le portrait d’un Casanova, d’un dragueur ou d’un obsédé sexuel. Mais plus quelqu’un que le besoin de plaire devient une obsession afin de combler le vide existentiel de sa vie. Une sorte de dépressif entouré sans cesse de femmes. Truffaut glissera des séquences en N&B censées décrire sous la forme de petites saynètes l’enfance de son personnage et ses relations avec sa mère. En fait il s’agit très clairement des passages les plus autobiographiques du film dont il en ressort que la mère du cinéaste fut son premier amour déçu.

    François Truffaut a écrit son scénario en pensant à Charles Denner. Il est très clairement à l’écran l’alter ego du cinéaste jusque dans la façon de se mouvoir dans l’espace entre timidité et assurance. Denner est entouré d’une pléiade d’actrices toutes plus talentueuses, inventives et renversantes. Truffaut, outre cette faculté quasi innée d’avoir su révéler leurs faiblesses, contradictions, forces et féminités, ne se prive pas pour nous emmener au-delà à la recherche d’une intimité inaccessible. C’est toute la force enivrante de cet Homme qui aimait les femmes. Dans cette faculté à reconnaître dès les premières images en l’impossibilité de cette quête sans pour autant jamais perdre la foi. Non que la femme soit chez Truffaut cet être énigmatique qu’il faut regarder ou manipuler telle une idole qui vous brule les doigts à la manière d’un professeur Jones au début des Aventuriers de l’arche perdue (1981), mais plus un fantasme de cinéma bloqué dans les années 30 hollywoodiennes d’avant le Code Hayes. Très loin du film misogyne dans lequel les féministes de l’époque l’avaient instantanément rangé provoquant alors une polémique virulente dont on ne saurait dire dans le contexte actuel si elle ne pourrait pas revenir à la mode. Quoi qu’il en soit, Brigitte Fossey, Nelly Borgeaud, Geneviève Fontanel, Nathalie Baye, Leslie Caron, pour ne citer que les plus en vue, sont l’incarnation même du cinéma de Truffaut dans ce qu’il a de plus sincère, charnel et absolu.

    L’Homme qui aimait les femmes va rencontrer son public sans être non plus un énorme succès (955 262 entrées). Il ne sera pas trop compris aux États-Unis et encore moins dans les pays latins alors que dans ceux plus au nord ou encore l’Allemagne, il est bien mieux reçu. La personnalité de ce cavaleur truffaldien semblant en effet plus s’accommoder aux spécificités de ces sociétés aux relations hommes-femmes moins patriarcales ou misogynes. Ce que d’ailleurs tente de retranscrire l’image issue d’un master restauré 2K (admirez cette transition pourrie) en ce sens que l’on a enfin affaire à quelque chose de visionnable. Les visages semblent ainsi moins cireux que sur les autres films de ce coffret (lire nos appréciations ad hoc plus haut), la définition plus prégnante incluant enfin les arrière-plans qui semblent moins submergés par le bruit vidéo. Le grain est de fait bien mieux géré. Mais à l’arrivée on reste quand même frustré tant il y avait certainement matière à proposer beaucoup mieux surtout avec un master 2K et ce même si celui-ci n’est pas exempte de tous défauts surtout lors des passages en N&B où on a pu remarquer subrepticement une ou deux lignes verticales barrant l’image. Et puis l’encodage est en 1080i, ce qui finit par enterrer ces louables efforts.

    En guise de bonus c’est Waterloo morne plaine. On a ainsi droit une nouvelle fois à l’extrait d’une émission de l’époque où l’on trouve Truffaut et Charles Denner répondant aux questions d’une journaliste qui ne semble pas avoir appréciée ce portrait de femmes qu’elle assimile plus à un tableau de chasse qu’au portrait en creux d’un homme qui aime les femmes et pas qu’une femme. Pourquoi pas mais si le spectateur n’a pas la contextualisation (la polémique que le film a engendrée), ce document n’a aucune valeur sinon pour les plus âgés un petit moment de nostalgie cathodique.

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/25i
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono et Audiodescription
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h54min
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • Femmes et hommes, discussion avec François Truffaut, Charles Denner, Florence Michel, Jean-Louis et Nadine Trintignant lors de la sortie du film (Extrait de l’émission Aujourd’hui magazine du 2 mai 1977 – 9min49s)
    • Bande-annonce originale (2min30s – restaurée)

    La Chambre verte - AfficheBlu-ray 8 : La Chambre verte (restauration 4K –  Au cinéma le 5 avril 1978)

    10 ans après la Première Guerre Mondiale, un homme habitant avec une gouvernante et un enfant handicapé à qui il apprend à parler, voue un culte sans limite au souvenir de sa femme disparue.

    François Truffaut a 45 ans quand sort sur les écrans L’Homme qui aimait les femmes. 7 ans plus tard il décèdera d’une tumeur au cerveau. Avec La Chambre verte, Truffaut semble incroyablement deviner que la fin est proche et livre un film testament avant l’heure. Mais en fait ce serait trop simple de réduire / assimiler La Chambre verte à ce film qui parle des morts et de la mort. La Chambre verte c’est en effet bien plus que cela. C’est d’abord une œuvre qui aborde le deuil, celui de vivre avec les morts, de s’en accommoder ou pas et le refus de les oublier. Truffaut vient ainsi de perdre deux mentors coup sur coup : le cinéaste Roberto Rossellini et l’artisan fondateur de la Cinémathèque Henri Langlois. De quoi le faire vaciller et lui rappeler la douloureuse absence d’André Bazin, son père de cinéma, disparu bien trop tôt en 1958.

    En fait cela fait depuis le début des années 70 que François Truffaut veut affronter ce sujet. Pour cela il va beaucoup s’imprégner des romans d’Henry James auquel il voue un immense culte pour finir par se focaliser sur quelques nouvelles comme L’Autel des morts dont quelques-uns des thèmes où se côtoient le fantastique vont être transposés et traités dans La Chambre verte. Il fait appel à nouveau à Jean Gruault pour l’aider à écrire le scénario. La collaboration sera quelque peu chaotique, Gruault ayant été déçu par le résultat à l’écran de La Vie d’Adèle H. et Truffaut du travail de celui-ci sur l’adaptation de la nouvelle de James. Mais après une pause de deux ans et de nouvelles idées et directions émises par Truffaut, Gruault finit par fournir une version qui satisfait intégralement le cinéaste lui permettant de partir à la recherche de la distribution des rôles à commencer par celui de Cécilia Mandel, l’héroïne du film. Ce sera Nathalie Baye que Truffaut retrouve après l’avoir révélé dans La Nuit américaine et ses quelques scènes dans L’Homme qui aimait les femmes. Elle a la charge écrasante ici d’emmener le spectateur dans l’univers mortifère de l’homme qu’elle aime mais qui n’arrive pas à faire le deuil de sa femme décédée. Sa maison abrite ainsi une chambre qui lui est entièrement consacrée lui permettant de continuer à vivre à ses côtés. Dès lors, l’amour que lui porte Cécilia sera tel qu’elle le suivra jusqu’au bout dans le culte des morts.

    C’est Truffaut qui joue le mari inconsolable. Et on va dire que c’est là que le bât blesse. Car autant les intentions et l’histoire sont plus que louables pour ne pas dire ambitieuses, autant son interprétation atone et sans aspérité déstabilise le spectateur, le film mais aussi Nathalie Baye qui ne s’en est d’ailleurs pas cachée bien des années plus tard. Pour autant le tournage qui se déroule dans une belle maison à Honfleur est joyeux et léger avec une Nathalie Baye qui enchante de par sa bonne humeur permanente l’ensemble de l’équipe. Tout le contraire en quelque sorte de ce qui se déroule à l’écran.

    La Chambre verte sera un triomphe critique et un cuisant échec public (à peine 153 525 entrées) mortifiant un Truffaut qui ne peut que constater le précipice qui sépare les spectateurs de ses aspirations artistiques et existentielles du moment. Ce sera aussi le film qui marquera la fin d’une longue association avec Les Artistes Associés. Non que la société américaine veuille tout arrêter, au contraire elle ne demandait qu’à retravailler avec Truffaut. Ce changement de stratégie, on le doit en fait à Gérard Lebovici, l’agent de Truffaut, qui avait compris que les enjeux commerciaux et marketings à venir passeraient de plus en plus par la télévision et les préventes à l’étranger. Dans cette perspective il quitte Artmédia dont il laisse les clés à son bras droit de toujours Jean-Louis Livi pour devenir producteur à part entière au sein de A.A.A. (pour « Auteurs Artistes Associés »), une société de production qu’il vient tout juste de créer. L’homme qui sera assassiné quelques années plus tard dans des circonstances demeurées troubles avait bien entendu vu juste au regard de ce qui se pratique encore aujourd’hui dans le montage financier des films français.

    Quant à La Chambre verte, il est plus que jamais considéré par les exégètes du réalisateur comme l’un des sommets de sa filmo. Nous ne serons pas de notre côté aussi affirmatif. Certes il s’agit d’un film majeur ne serait-ce que dans l’ambition des thèmes traités et de la façon très gothique à la limite du fantastique dont Truffaut a décidé de les traiter. Mais la démonstration peine à impliquer son spectateur de par une mise en scène des plus aride pour ne pas dire revêche. Bien entendu le sujet s’y prête et l’appelle même de ses vœux. Mais voir ainsi la mort en face demande beaucoup de courage et d’abnégation que nous ne possédons pas ou pas encore. Ce qui démontre certainement et a contrario à quel point La Chambre verte est peut-être ce film définitif, courageux et fondamental voulu, assumé et réussi par Truffaut.

    Ce que l’image proposée issue d’un master restauré 4K diligenté par la société Hiventy peut aussi se targuer. Enfin on a droit à un encodage 1080p et enfin celui-ci fait montre d’un respect de la photo à la bougie de Néstor Almendros qui rappelle, dans une moindre mesure bien entendu, celle de John Alcott sur Barry Lyndon (1975) de Kubrick. Le grain pellicule y est ciselé, la définition est exemplaire avec un étalonnage à l’évidence respectueux des intentions originelles du couple Truffaut / Almendros. À la découverte de cette magnifique réussite, on ne peut que regretter la bouillie visuelle constatée sur les sept autres films du coffret. C’est que la comparaison est ici on ne peut plus cruelle. Idem pour le son où le DTS-HD MA 2.0 mono rend compte des dialogues avec une réelle efficacité jusqu’à une belle sensation enveloppante lors des passages musicaux signés Maurice Jaubert, ce brillant compositeur français dont Truffaut utilisera à de nombreuses reprises ses compositions, mort pour la France en juin 1940.

    L’interview d’époque que propose cette édition en guise d’unique bonus est elle-même assez pertinente puisqu’en 10 minutes le journaliste pose les bonnes questions. En tout cas celles à même de faire réagir Truffaut quant à ses motivations pour faire ce film. On a même droit à quelques moments de « vie » quand ce même journaliste revient sur l’une des belles obsessions du cinéaste à vouloir toujours mettre en scène des enfants (son personnage dans le film a un enfant autiste) alors que celui-ci n’est même pas papa. Ce que Truffaut réfute fort gentiment en rappelant qu’il a deux enfants qui sont même en âge de faire de lui un grand-père. « Ah oui ? » rétorque le journaliste. Priceless !

    Spécifications techniques Blu-ray :

    • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
    • Langue : Français en DTS-HD MA 2.0 mono
    • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants débrayables
    • Durée : 1h34min 45s
    • 1 BD-50

    Captures Blu-ray cliquables au format HD natif 1920×1080

    Bonus (en HD) :

    • La fin des bougies : entretien avec François Truffaut par Sélim Sasson (1978 – 10min28s)
    • Bande-annonce originale (2min04s – restaurée)
    En guise de conclusion

    Si vous avez lu jusqu’ici, déjà un grand merci à vous pour votre abnégation. On ne va pas être long rassurez-vous. On voudra juste préciser qu’au sein de ce coffret est aussi proposé un livre de 108 pages intitulé Truffaut vu par… où se mêlent donc des textes signés Mathieu Amalric, Olivier Assayas, Nathalie Baye, Serge Bozon, Catherine Corsini, Luc Dardenne, Arnaud Desplechin, Valérie Donzelli, Mia Hansen-Løve, Christophe Honoré, Jean-Louis Livi, Noémie Lvovsky, Axelle Ropert, Nicolas Saada et Serge Toubiana. Les deux qui ont cependant particulièrement retenus notre attention sont celui de Desplechin sur La Sirène du Mississipi qui raconte en détail la production du film et surtout celui de Jean-Louis Livi qui revient en détail sur l’association de François Truffaut avec Les Artistes Associés et Artmédia. Le reste est d’un intérêt disparate mais demeure de jolis témoignages in vivo comme celui de Nathalie Baye ou très personnels de personnalités ayant été imprégnés de l’œuvre de François Truffaut. Le seul hic c’est quand ces films seront proposés à l’unité, ce qui arrivera forcément, quid de ce livre ? Quoi qu’il en soit en cliquant sur ce lien, vous trouverez le détail des interventions en fonction des films.

    Dernière chose. Ce dossier s’est appuyé tout du long sur la formidable et incontournable biographie signée Antoine de Baecque et Serge Toubiana parue en 1996 chez Gallimard.

    Cover livre François Truffaut

    Une réflexion sur « François Truffaut, la passion cinéma – Coffret 8 films en Blu-ray »

    1. Félicitations pour cet excellent article avec lequel, et c’est un comble, j’ai bien plus appris sur ces films qu’au travers des (pauvres) suppléments du coffret. Bravo pour votre contextualisation et votre acharnement à défendre le 1080p. A noter que Blake Edwards a réalisé en 1983 un remake de « L’homme qui aimait les femmes » intitulé « L’homme à femmes » avec Burt Reynolds, qui sans être une des grandes réussites du cinéaste, en reste un film aussi attachant que celui de Truffaut.

      Lâchez-vous !

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