Archives de catégorie : Critiques Ciné

The Northman – Conan The Viking

Avec Ari Aster, et même si son Midsommar nous avait laissé sur notre faim, Robert Eggers est sans aucun doute le réalisateur le plus excitant du moment. Qui n’a pas encore vu The Witch (écrire The VVitch), son premier film en forme de coup de maître, est sans aucun doute passé à côté d’une des meilleures expériences de cinéma de ces dix dernières années. Mais à l’instar du réalisateur d’Hérédité, son deuxième long a eu du mal à emmener le public vers les mêmes contrées plus ou moins inexplorées. Non que The Lighthouse soit un ratage mais disons que de notre point de vue, un film aussi extraordinaire qu’il soit dans la forme, ne peut revendiquer un quelconque statut autre qu’expérimental si l’histoire ne suit pas. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’avec The Northman Eggers a magnifiquement corrigé le tir.

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Licorice Pizza – The Master PTA

On terminait notre avis sur Phantom Thread par ces quelques mots : « (…) un film ectoplasmique d’où n’émane qu’une forme de suffisance atone et inquiétante pour la suite d’une filmo de plus en plus sous respiration artificielle ». Oui on sait, s’auto-citer de la sorte peut aussi s’apparenter à de la suffisance. D’autant que pour le coup, on se mettait le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. C’est que Licorice Pizza est une petite dinguerie haute en couleur, primesautière en diable et foutraquement romantique. Bref, tout à l’opposé de la quasi-totalité de la filmo de Paul Thomas Anderson qui nous avait donc habitué jusqu’ici à des pensums lestés jusqu’à la gueule de sur-significations politico-historico-philosophiques et des mises en scènes à peine moins chargées. Elle était en effet bien loin la réussite naïve et prometteuse du Boogie Nights (1998) de ses débuts et celle, emprunte d’une délicatesse magistralement assumée, de Punch-Drunk Love (2003).

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Mourir peut attendre (au service secret de sa Majesté)

Daniel Craig a hésité avant d’endosser une dernière fois le costume de l’espion de cinéma le plus célèbre au monde. Il faut croire que « l’expérience » 007 Spectre ne l’a pas totalement convaincu et qu’il manquait une véritable conclusion rompant ainsi avec la tradition de la franchise. Et de fait avec ce cinquième et dernier opus, l’évidence est là. On ne sait si les têtes pensantes avaient déjà à l’époque de Casino Royale en 2006 une vague idée de l’arc narratif des cinq prochains films (un peu comme cela se fait de nos jours sur une série télé), mais à l’évidence aujourd’hui celui-ci s’inscrit à la fois dans une authentique continuité bondienne tout en s’en démarquant plutôt violemment. De fait Mourir peut attendre ne manquera pas d’irriter les autoproclamés gardiens du Temple alors qu’à l’évidence il marche dans les pas d’un certain Au service secret de sa Majesté (1969) réalisé par l’oublié Peter Hunt. Il est vrai l’un des films, sinon le film le plus décrié de la série mais aussi le Bond le plus cathartique de la franchise et finalement celui qui nous tient le plus à cœur. Jusqu’à aujourd’hui.

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Le Ciel est à vous – L’amour d’une femme… et d’un homme

Quand on associe Le Ciel est à vous à sa date de sortie, on ne peut s’empêcher de tiquer. En effet, comment ce film tourné en 1943 qui donne une image si moderne du couple et de la femme a pu être produit et distribué en pleine occupation allemande et in fine si bien perçu par les édiles collabos du régime de Vichy ? Régime dont la devise officielle était, faut-il le rappeler, Travail, Famille, Patrie. Et pas qu’un peu puisque l’on peut lire par exemple sous la plume d’une certaine Arlette Jazarin un enthousiasme tous azimuts envers un film qui selon elle « nous transmet une image exacte de la France […] Le Ciel est à vous est la première œuvre qui montre exacte­ment des Français authentiques, leur dur labeur de chaque jour, leurs espérances moyennes, leur désir de laisser aux enfants une situation meilleure. Le ménage Gauthier est un véridique ménage de chez nous. » (Révolution nationale du 5/02/44).

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Le Sommet des Dieux – Première de cordée

De G.W. Pabst à W. Herzog, la montagne et son imaginaire hantent les paysages cinématographiques. Pour certains auteurs, elle serait même un genre en soi : le film de montage avec son histoire, ses codes, son inexplicable envoutement. Dans Sils Maria, Olivier Assayas évoquait aussi, dans un registre alpin, ces blocs de pierres pratiquement immuables comme l’une des forces mystérieuses du cinéma. Parmi les sommets les plus représentées ceux de l’Himalaya, les plus élevés, occupent une bonne place, sinon la première comme en témoignait voilà peu un film comme Everest de Baltasar Kormakur, cinéaste de la nature sauvage et indomptable.

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