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Fiche film : Le Discours (2020)

C’est après avoir lu Zaï Zaï Zaï Zaï, qu’il a adoré, que Laurent Tirard a pris contact avec Fabcaro pour lui faire part de son admiration. Les deux hommes ont fini par se rencontrer autour d’un café. Les droits de la BD burlesque étaient déjà pris et Tirard ne se voyait de toute façon pas l’adapter. En revanche, il était persuadé qu’ils seraient amenés à travailler ensemble. Quand Le Discours est sorti, le réalisateur s’est jeté dessus et a immédiatement voulu l’adapter, malgré la réticence de Fabcaro qui ne voyait pas comment on pouvait porter un tel récit à l’écran où « tout se passe dans la tête d’Adrien et, en plus, tout tourne autour d’un repas ».

Laurent Tirard qualifie Le Discours  de « deuxième premier film ». Il révèle d’ailleurs que le film a été difficile à vendre auprès des gros distributeurs avec lesquels il est habitué à travailler, et que c’est grâce à l’enthousiasme de Jean Labadie du Pacte que le projet a pu voir le jour.

Le Discours (2020)

Réalisateur(s) : Laurent Tirard
Avec : Benjamin Lavernhe, Sara Giraudeau, Kyan Khojandi, Julia Piaton, François Morel, Guilaine Londez
Durée : 1h28
Distributeur :  Le Pacte
Sortie en salles : 9 juin 2021

Résumé : Adrien est coincé. Coincé à un dîner de famille où papa ressort la même anecdote que d’habitude, maman ressert le sempiternel gigot et Sophie, sa sœur, écoute son futur mari comme s’il était Einstein. Alors il attend. Il attend que Sonia réponde à son SMS, et mette fin à la « pause » qu’elle lui fait subir depuis un mois. Mais elle ne répond pas. Et pour couronner le tout, voilà que Ludo, son futur beau-frère, lui demande de faire un discours au mariage… Oh putain, il ne l’avait pas vu venir, celle-là ! L’angoisse d’Adrien vire à la panique. Mais si ce discours était finalement la meilleure chose qui puisse lui arriver ?

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  • Avis : Franchement, celui qui nous aurait dit que le réalisateur des deux Petits Nicolas et d’Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté nous pondrait ce petit bijou d’intelligence comique, d’écriture drolatique et d’inventions formelles, on lui aurait rigolé au nez du haut de nos certitudes cinématographiques forcément sans failles. Ceci étant dit, notre mauvaise foi légendaire avait déjà été un tantinet battu en brèche par Un homme à la hauteur qui avait été apprécié au sein même de cette rédac alors que Le Retour du héros, s’il n’était pas exempt de défauts, n’en demeurait pas moins une excellente porte d’entrée à ce Discours de haute volée. En tout cas à l’époque on aurait dû plus se méfier.
    Car là bon sang on s’en est pris une bonne et c’est la rétine encore humide de gratitude que nous voilà tentant de coucher en quelques lignes un ressenti encore tout frais alors que c’est bien en octobre dernier que nous l’avions découvert. Ben oui, Le Discours devait arriver au cinéma en décembre 2020 et puis fermeture des salles oblige c’est donc près de 6 mois plus tard que le voici tentant de se frayer un chemin dans la jungle des sorties de ce retour à la vie « normale » saison 2. Une coupure et une attente qui nous ont donc permis d’étalonner sur la durée nos impressions premières toutes dorénavant marquées du sceau du souvenir parfait proche de la sidération.
    Et pourtant la tâche d’adapter le livre de Fabcaro (pour Fabrice Caro) se révélait immense pour ne pas dire impossible. Comment en effet mettre en image les réflexions et pensées à bâtons rompus d’un personnage qui se retrouve coincé à un repas de famille alors que sans crier gare son futur beauf lui demande de faire un discours en prévision du mariage avec sa sœur. Un acte déclencheur ou plutôt dévastateur qui va finir par foutre le dawa complet dans un cerveau déjà en perdition depuis le milieu de l’après-midi, moment où il a envoyé un SMS à sa chérie avec qui il est en « pause » depuis plus d’un mois.
    Ce stressé du bulbe en rupture d’anévrisme perpétuelle nous ouvre dès lors en grand les arcanes de son cerveau dans lequel Laurent Tirard s’en donne littéralement à cœur joie. Tout est bon pour désarçonner le spectateur afin de l’emmener très loin sans que pour autant jamais il ne perde de vue le fil rouge d’une histoire qui voit donc notre « héros » ressasser inlassablement son futur discours. Cela donne du coup une foultitude de répétitions dans tous les modes possibles, l’emploi de flashbacks in situ à même de mieux caractériser tous les protagonistes / de faux arrêts sur image (pas de trucages, les acteurs s’arrêtent vraiment de bouger ou baissent totalement la voix pour laisser le personnage principal continuer à – nous – parler ou à se mouvoir brisant ainsi le fameux 4ème mur) / ingéniosité des décors qui peuvent littéralement se métamorphoser devant nous et là encore sans aucun trucage numérique…
    Le Discours regorge ainsi de trouvailles visuelles à même de véhiculer une véritable émotion qui affleure au détour de chaque plan. Mais de quelle émotion parle-t-on ? Du chagrin d’amour côté masculin mais aussi de ces repas familiaux que l’on aimerait bien ne plus subir. Oui, dit ainsi cela ne fait pas monter dans les tours. On a en effet rencontré des films aux thématiques plus essentielles. Mais de ce quotidien que tout le monde ou presque a vécu et va revivre, il y a un autre atout qui finit par tout emmener sur son passage. Il s’appelle Benjamin Lavernhe (de La Comédie-Française) et sur ses épaules reposent le reste du film. Comme Laurent Tirard, on l’a découvert chez Toledano / Nakache dans Le Sens de la fête où il jouait le marié à baffer. Ici il explose littéralement en endossant telle une seconde peau les traits de ce frère anxieux, dépressif, un peu coincé et lâche mais qui ne rate pas une occasion pour lancer une vanne bien sentie (dans sa tête) ou pour exprimer des aphorismes (toujours dans sa tête) dont on aurait adoré être l’auteur ou pour enfin épancher sa conception de la vie proche d’un certain nihilisme.
    Bref il a tout pour déplaire et pourtant de par le talent de l’acteur, ceux des dialogues et des mises en situation, on a envie de le serrer dans nos bras et le film avec. Non que celui-ci ait la prétention de donner des clés de compréhension sur un sens quelconque de la vie mais juste d’avoir déjà su en rendre compte. Ben oui, c’est déjà énorme. Ce qui nous fait dire que Le Discours ne devrait pas quitter de sitôt l’encéphale du spectateur après visionnage. Il devrait même acquérir très vite le statut d’un indémodable de notre cinéma qui comme on le sait est l’antichambre du culte. 4/5
  • Box office : Au moment où nous couchons ces lignes le distributeur Le Pacte annonce + de 500 copies France. Edit 10/06 : 22 305 entrées sur 624 copies en 24h, soit la troisième meilleure perf (derrière Nomadland et Conjuring 3) parmi les 18 nouveautés de ce mercredi.
  • La (future) chronique Blu-ray : Connaissant l’éditeur Le Pacte, on ne doute pas une seconde que Le Discours bénéficiera d’un Blu-ray sauf catastrophe industrielle au cinéma.

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